Saint Jean de la Croix

{mosimages}

Juan de Ypes et né en 1542, à Fontiveros (Espagne). En 1563, il entra chez les Carmes et prit le nom de Frère Jean de Saint Mathias. Il fît ses études scolastiques à l’université de Salamanque, mais il aspirait à une vie plus contemplative. En 1567, Jean rencontra providentiellement Thérèse de Jésus ; ensemble, ils décidèrent d’organiser une branche masculine de la Réforme analogue à celle des carmélites déchaussées. L’année suivante, il devint Frère Jean de la Croix, membre du premier couvent réformé de Duruelo. En décembre 1577, les Carmes réagissant avec une grande rigueur, le firent enlever et emprisonner pendant huit mois à Tolède. Tout en souffrant atrocement, Frère Jean composa quelques uns de ses poèmes mystiques, sommet de la poésie amoureuse universelle. En s’évadant, il reprit sa place dans la Réforme et poursuivit la rédaction de ses œuvres (Montée du Carmel, Nuit Obscure, Vive Flamme d’Amour, Cantique spirituel, Lettres et Maximes). Même à l’intérieur de la Réforme des Déchaux, Frère Jean de la Croix connut des persécutions, notamment celles de Frère Doria et celle de son prieur à Ubeda ; il mourut en 1591. Il fut canonisé en 1726 et déclaré Docteur de l’Eglise en 1926.

« Je la mènerai en solitude et parlerai à son cœur »

« L’Epoux continue à déclarer le contentement qu’il a de la solitude que sentait l’âme avant qu’elle arrivât à cette union, et de la joie qu’il reçoit de la solitude qu’elle a maintenant à l’égard de toutes fatigues, de tous travaux et de tous empêchements, ayant établi une demeure paisible et savoureuse en son Bien-Aimé, retirée et libre de toute chose et de tous leurs ennuis. (…) Il ne dit pas seulement qu’il la guide désormais dans cette solitude, amis encore qu’il fait cela seul, lui-même, se communiquant à elle sans autres moyens d’anges ni d’hommes, ni de figures, ni de formes : n’étant pas moins blessé de son amour qu’elle n’est amoureuse de lui, en cette solitude et liberté d’esprit où elle est grâce à la solitude susdite, car il aime beaucoup la solitude.

Il veut dire que non seulement il conduit l’âme dans cette sienne solitude, mais que lui-même, seul, opère en elle, sans aucun autre moyen ; parce que c’est là la propriété de cette union de l’âme avec Dieu dans le mariage spirituel, que Dieu agisse en elle et se communique seulement par soi-même (…).

Parce que l’âme étant demeurée seule et séquestrée de toutes choses pour l’amour de lui, il devient grandement amoureux d’elle en cette solitude – comme aussi elle s’éprend de son amour en la solitude, y demeurant blessée.

Et ainsi il ne la veut laisser seule, mais encore lui-même, navré de l’amour de l’épouse en la solitude qu’elle garde pour lui, la guide par lui seul, se livrant soi-même à elle et accomplissant ses désirs, chose qu’il n’eut point faite s’il ne l’avait trouvée en solitude. D’où vient que l’Epoux même dit de l’âme par le prophète Osée : « Je la mènerai en la solitude et parlerai à son cœur. » Où, en ce qu’il dit qu’il parlera à son cœur, il donne à entendre qu’il se donnera soi-même à elle ; car parler au cœur, c’est satisfaire le cœur, lequel rien ne contente qui soit moindre que Dieu ». (Cantique Spirituel, XXXV, in Œuvres complètes, Paris, DDB, 1985).