Frère Nicolas le Français

Nicolas serait né à Narbonne et mort le 29 avril 1280 ou 1282. En 1247, Innocent IV transforma l’Ordre des « Frères ermites du Mont Carmel » en Ordre mendiant. Presque aussitôt, les Frères commencèrent à s’établir dans les villes européennes. Cette orientation déplut à Frère Nicolas le Français, Prieur Général de l’Ordre depuis 1266. IL démissionna en 1271 et se retira au « désert » de Fontamie, en Chypre, d’où il adressa une lettre à l’Ordre, intitulée « Ignea Sagitta » (Flèche de Feu), reproche avec vigueur aux Carmes d’avoir abandonné l’idéal primitif de la Contemplation ; il les exhorte à quitter les activités des villes pour revenir aux ermitages. Frère Nicolas juge illégitime pour le Carmel la « cura animarum » (l’apostolat). La lettre enflammée de Frère Nicolas ne réussit pas à arrêter l’évolution de l’Ordre vers les Mendiants, c’est à dire le passage de la vie érémitique stricte à une vie mixte. Mais cet idéal du désert sera toujours repris par les nombreuses réformes de l’Ordre du Carmel, notamment celle de Sainte Thérèse de Jésus (XVIe s., Espagne) et celle de Jean Soreth (XVe s., France) et celle de Touraine (XVIIe s., France).

La quête inlassable du désert carmélitain

« Ainsi celui qui a établi nos Pères dans la solitude de la montagne  s’est donnée lui-même en modèle à eux et à leurs successeurs (…) . Cette règle de notre sauveur nos prédécesseurs l’ont suivie depuis l’Antiquité . Connaissant leur imperfection, ils demeuraient longtemps dans la solitude de l’Ermitage.

Parfois, mais rarement, lorsqu’ils se proposaient d’aider leurs proches, sans toutefois des desservir eux-mêmes, ils descendaient de l’ermitage et semaient abondamment, en les secouant au battage de la prédication, les grains que dans la solitude ils avaient doucement moissonnés sous la faux de la contemplation. (…)

Dans la solitude, tous les éléments nous protègent à souhait. Le firmament orné d’étoiles et de planètes harmonieusement ordonnées nous attire et nous conduit par sa beauté à de plus hautes merveilles. Les oiseaux, revêtant en quelque sorte une nature angélique, nous réjouissent en modulant doucement la suave mélodie de leur chant. Les montagnes, selon la prophétie d’Isaie, instillent en nous une extraordinaire douceur et les collines, nos sœurs, ruissellent de lait et de miel que, dans leur égarement, ne goûteront pas les amateurs de ce monde. Quand nous psalmodions à la louange du Créateur, les monts qui nous entourent, nos frères conventuels, louent avec nous le Seigneur en manière identique à notre voix : frappant avec élégance le plectre de notre langage, et modulant musicalement nos vers dans l’air, ils résonnent dans un ton accordé au nôtre. Les racines germent, l’herbe verdit, le feuillage des arbres nous réjouit en applaudissant à sa manière, et les fleurs merveilleuses, par des flots de parfum admirable, s’efforcent de nous sourire pour égayer notre solitude. Des lampes silencieuses nous exhortent de leurs conseils solitaires ». (Nicolas le Français, La Flèche de Feu, chap. VI et XI, Carmes de Bourges, 1992).

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