Le Carmel : une marche dans le désert

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Depuis les origines, le Carmel fait l’expérience du ‘désert’. Il ne s’agit pas simplement d’un fondement historique, d’un lieu géographique ou d’une forme monacale de vie, mais d’une structure dynamique de vie centrée uniquement sur Dieu . Le désert, pour le Carmel, n’est pas un lieu que l’on choisit pour jouir de la présence gratuite de Dieu, ni d’un refuge où l’on adore Dieu comme un idole. Le désert des premiers Carmes était un vrai désert au sens littéral du terme. Mais, en même temps, ils avaient abandonné les attaches familiales pour vivre en étrangers sur la terre du Seigneur, en se livrant à une vie de contemplation et en suivant le Christ crucifié.

Laissant la sécurité du désert familial du Carmel, les Carmes emportèrent en Europe l’expérience intériorisée. En acceptant l’état de Mendiants, il voulaient vivre l’incertitude de la pauvreté. Pour survivre, les Carmes ont dû construire le désert spirituel dans leur cœur, en devenant des hommes de foi pure. Ils ont choisi Elie, l’homme du désert, comme Père et Guide. Ils ont reconnu cette même foi en Marie lorsqu’elle prononce son ‘Fiat’ solennel . Ces deux modèles qui ont vécu dans un désert spirituel ont aidé les Carmes à se comprendre et à façonner leur identité.

Privés désormais du désert géographique des origines, les Carmes ont dû s’en former un, intérieur, à travers un processus continu de dépouillement de soi-même, abandonnant peu à peu les soutiens humains et toute espèce de sécurité matérielle, idéologique ou spirituelle. Le désert carmélitain devient donc, inévitablement, un désert mystique : un désert de foi et d’amour, qui demande ‘du temps libre pour Dieu’ (‘Vacare Deo’) et la ‘pureté de cœur’ (‘Puritas cordis’).

Dans la spiritualité carmélitaine, le désert est la vie contemplative. Dans le processus de transformation spirituelle, nous sommes dépouillés de nos préoccupations, de nos besoins et nous sommes remplis de Dieu qui devient notre unique Absolu. Ainsi, mourir à soi-même et renaître en Dieu coïncident parfaitement. Mais nous ne pouvons que nous préparer à entrer dans ce désert, car c’est Dieu qui nous y introduit. Le processus de dépouillement du désert (‘la nuit obscure’) est donc impossible sans l’intervention directe de Dieu : le désert est le ‘lieu’ où Dieu entre dans l’histoire humaine par un processus continuel d’incarnation. Dépouillés petit à petit de nous-mêmes, nous sommes prêts à être revêtus de Dieu . La dimension contemplative de la vie carmélitaine nous rend attentifs à Dieu qui agit en silencieusement en nous. La contemplation est donc le processus spirituel et mystique qui nous transforme en nous introduisant dans l’existence amoureuse de Dieu. La vie carmélitaine est caractérisée par la tension continue et insoluble entre, d’une part, la solitude et le silence (le désert) et, d’autre part, la charité fraternelle (la communauté). Le désert est donc l’espace dans lequel Dieu peut naître.