Saint Joseph, Époux de la bienheureuse Vierge Marie et protecteur de l’Ordre (19 mars)

Le nom de Joseph apparaît dans la généalogie de Jésus, lequel est considéré comme son fils. Joseph, homme droit charpentier de profession dont nous ne savons rien des jeunes années, est de lignée davidique. Les évangélistes affirment qu’il est l’époux de Marie de qui est né Jésus conçu du Saint Esprit. Il accepte avec foi le message del’ange – qui apaise ses craintes à propos de la mystérieuse conception de Marie – et se soumet à la volonté de Dieu. Il accompagne Marie à Bethléem, nomme l’enfant ‘Jésus’, l’emmène au Temple avec sa mère, fuit avec eux en Égypte et, à leur retour, s’installe avec toute la Sainte Famille à Nazareth, en Galilée. Le saint est certainement mort avant que Jésus ne commence sa vie publique.

Dévotion et culte

La dévotion à saint Joseph a commencé via des prêtres grecs et latins, puis s’est particulièrement développée en orient au IXe siècle où les Grecs célébraient l’époux de Marie trois fois par an: le dimanche avant Noël, le 26 décembre et le dimanche après Noël. En occident, on trouve les indications d’un culte spécifique à saint Joseph principalement aux XIIe et XIIIe siècles. Saint Bernard, saintThomas d’Aquin, saint Bonaventure et sainte Brigitte entre autres ont apporté des contributions décisives à la propagation du culte. Sixte IV fut le premier pape à reconnaître officiellement la fête de saint Joseph en 1474 et elle fut étendue à l’Église entière par Grégoire XV en 1621. Le 3 février 1741, Clément XI promulgua un nouvel office pour la fête du 19 mars (ce texte resta en vigueur jusqu’à la réforme faisant suite à Vatican II). Les trois hymnes Te Joseph, Caelitum Joseph et Iste quem la eti sont attribués par quelques érudits au carme espagnol Juan Escalar de la Concepción, tandis que d’autres les attribuent au Cardinal Girolamo Casanate († 1700).

En plus de cette fête, l’un des patronages de saint Joseph fut ajouté au calendrier universel en 1847, mais supprimé par la réforme faisant suite à Vatican II. En revanche, depuis 1955, la mémoire de saint Joseph travailleur, instituée par Pie XII, est célébrée le 1er mai afin de pourvoir les travailleurs d’un saint patron et de donner un sens chrétien à la célébration de la Fête du Travail.

Le 8 décembre 1870, Pie IX déclara saint Joseph patron de l’Église universelle. Léon XIII l’invoqua en tant que modèle pour les pères de famille et les travailleurs et Jean XXIII inclut son nom dans le Canon Romain (décret de la sacrée congrégation des rites du 13 novembre 1962).
En Europe aux XIIIe et XIVe siècles, avec les franciscains et les servites de Marie, les carmes furent les premiers à étendre largement le culte de saint Joseph. Depuis la fin du XVIesiècle est clairement apparente l’influence de sainte Thérèse de Jésus sur la diffusion du culte envers ce saint, lequel aurait profondément influencé la réforme des carmes déchaux.

Au sein de l’Ordre, la fête liturgique du saint patriarcal émerge dans la seconde moitié du XVe siècle dotée d’un office qui lui est entièrement propre. Cet office spécifique est imprimé dans le bréviaire publié à Bruxelles en 1480 et dans les bréviaires suivants, tandis que la messe spécifique se trouve dans les missels publiés à partir de 1500. L’office particulier – dont les lectures viennent de Pierre d’Ailly (De du odecim honoribus S. Josephi) et dont les hymnes semblent exposer l’élégance et la douceur poétique du Mantouan – fut décrit comme « le premier monument érigé dans l’Église latine à la gloire de saint Joseph » et constitue sans aucun doute un témoignage éloquent de la passion et de la ferveur avec lesquelles les carmes de l’époque honoraient saint Joseph.

En 1680, le chapitre général des Grands Carmes choisit à l’unanimité saint Joseph comme protecteur principal de l’Ordre. Cette qualification fut subséquemment ajoutée à la fête du saint, le 19 mars, dans toutes les éditions du missel carmélitain.

La même année, le pape Innocent XI octroya aux carmes déchaux la permission de célébrer la fête du patronage de saint Joseph le troisième dimanche de Pâques, avec une liturgie propre et au rang de fête double de seconde classe. Cette messe fut rapidement adoptée aussi par les grands carmes et fut imprimée pour la première fois dans le missel carmélitain en 1703. En 1721, une octave fut accordée à cette fête et – comme il est écrit plus haut – elle fut étendue à l’Église entière par Pie IX en 1847 avec les changements nécessaires dans l’eucologe. En 1913, la date de la célébration fut déplacée au mercredi précédant le troisième dimanche après Pâques.

Bien que la fête fût supprimée pour l’Église universelle avec la réforme du calendrier faisant suite àVatican II, les deux branches du Carmel gagnèrent à voir ajouter le titre de « protecteur de notre Ordre » à la fête du 19 mars. De surcroît, les carmes déchaux rendirent la mémoire « ad libitum » du travailleur saint Joseph obligatoire (1er mai).

 

Emanuele BOAGA, O. Carm.