Saint Nuno de Sainte Marie (1360-1431)

Nuno

Le 24 juin 1360, au château de Bomjardin, de Alvaro Gonçalves Pereira et de Dona Iria Gonçalves de Carvalhal, naissait un enfant qui reçut le prénom de Nuno Alvares. L'enfant fut élevé par sa mère, dans la solitude de la vie de ce château, loin des la corruption et des scandales de la cour royale de Lisbonne: là il apprit les vertus humaines et la foi chrétienne.

 

Dès son jeune âge, la lecture des récits chevaleresques nourrit son esprit, qui se prit à rêver de nobles exploits. Il se voyait chevalier fort et pur, au service de Dieu et de la Vierge, combattre pour son roi contre la Castille qui ne cessait de menacer la fragile indépendance du royaume de Portugal.

 

Son père qui était membre de l'Ordre Hospitalier des Chevaliers de Saint Jean - il en était le prieur de Crato, charge suprême de l'Ordre au Portugal - s'occupa de la formation militaire depuis sa petite jeunesse, préparant son corps à l'exercice des armes et aux rudes combats.

 

A l'âge de 13 ans, son père le présenta à la cour du roi Ferdinand à Santarem. L'adolescent se montra fort et courageux, il rencontra la sympathie de la reine qui voulut en faire son écuyer. Ne trouvant pas d'armure pour l'en revêtir, le frêle Nuno reçut l'investiture de chevalier avec celle qui avait servi pour l'investiture du Maître d'Aviz, frère du Roi, d'à peine deux ans plus âgé que Nuno. Ce fut là un clin d'oeil d'un destin d'amitié qui allait lier les deux hommes dans les combats pour l'indépendance du Portugal.

 

La guerre entre Castille et Portugal se faisait plus âpre et l'avancée des troupes espagnoles menaçait l'existence même du petit Royaume portugais, profitant surtout de la faiblesse du roi empêtré dans une vie corrompue et oublieuse des intérêts de la nation. Au prix de pertes importantes de plusieurs places fortes, le roi de Portugal finit par signer, poussé par la médiation du pape, la paix avec le roi de Castille.

 

Le roi de Portugal put alors quitter Santarem et rentrer à Lisbonne. Nuno suivit la cour dans la capitale et fut confié pour sa formation militaire à son oncle maternel, alors que la mère qui était devenue gouvernante de la princesse Béatrice pouvait continuer à veiller sur son éducation humaine et chrétienne.

 

Sentant la mort approcher, son père vint à cour et fit appeler son fils lui disant qu'il était temps de prendre femme. Il lui communiqua aussi qu'il avait fait le meilleur choix pour lui en la personne de Dona Eléonore de Alvim, jeune et riche veuve de la noblesse portugaise.

 

Nuno s'opposa à ce projet paternel comme il put mais à la fin dut céder à l'ordre paternel. C'est ainsi que, le 15 août 1376, les noces sont célébrées à la cour. Peu après, les jeunes époux allèrent à Santa Marina de Pedrassa, une des nombreuses propriétés de sa femme, là ils établirent leur résidence.

 

Le jeune couple passa des années heureuses, jouissant de leurs richesses et de la paix de la campagne. Les premiers deux enfants moururent à la naissance, la troisième survécut, elle s'appela Béatrice; le père l'aima d'un grand amour.

 

En 1378, le père de Nuno vient à mourir, alors que la situation du règne est de plus en plus désastreuse. En 1381, la marine portugaise subit la terrible défaite de Saltes. Le roi envoie alors Nuno à Portalegre pour une défense pratiquement impossible. Nuno n'hésita pas à quitter sa vie paisible pour se mettre au service de son roi et de son pays. Il fit face aux castillans et leur proposa un défi: dix portugais contre dix castillans. Si les portugais gagnaient, les castillans devaient se retirer, si au contraire les espagnols gagnaient les portugais devaient laisser libre champ aux espagnols. Les castillans acceptèrent le défi mais non le rois qui le trouva trop risqué. Il appela Nuno à Lisbonne pour la défense de la ville, car elle était déjà harcelée par des mouvements de troupes castillanes qui la menaçaient.

 

A cour, Nuno se sent prisonnier de l'immobilisme de la cour, devant la montée en puissance de l'influence castillane à laquelle peu à peu de notables portugais se rallient. Il demanda à son frère aîné de pouvoir partir pour le front, au lieu de rester oiseux à la capitale. Mais son frère qui avait déjà pris partie pour les castillans lui refusa la permission. A Nuno il ne restait que de s'enfuir.

 

Il rejoint ainsi les troupes au front, mais au lieu de la bataille attendue, il arrive l'annonce d'un énième accord de paix. Le 14 mai 1383, a lieu la rencontre entre la reine du Portugal et le roi de Castille venu personnellement prendre comme femme l'héritière du Portugal, qui lui est accordée en gage de paix; en sa personne, il annexait ainsi de facto la couronne de Portugal à la couronne de Castille.

 

Aux fêtes somptueuses qui devaient sceller la paix et les noces, Nuno dans un mouvement de colère et de révolte ne put cacher son ressentiment contre la lâcheté de la couronne portugaise, renversa la table royale et quitta la fête.

 

Peu après, en octobre 1383, le roi de Portugal, Ferdinand mourait à Lisbonne. Le pays passa alors des heures difficiles. Nuno, réfugié à Santarem, fit polir son épée par un armurier, qui la lui rendit toute resplendissante. Nuno en fut enchanté. Il contemplait d'un côté la croix et l'étoile avec les paroles "Excelsus super omnes gentes Dominus" (=le Seigneur est plus haut que tous les peuples) de l'autre côté la croix des Alvares, entrelacée des lettres Don Nuno Alves, et tout en haut le nom de Marie.

 

Nuno voulut payer le travail mais l'armurier se refusa d'accepter quoi que ce soit. Puisque Nuno insistait il lui dit:"Monsieur, vous me payerez quand vous reviendrez ici comme comte d'Ourem".

 

Celui qui portait ce titre, l'Andeiro, était à ce moment l'homme le plus puissant du Portugal, l'usurpateur des richesses du pays, grâce à la complaisance de la reine. Rien ne laissait présager sa fin, mais l'armurier fut bon prophète.

 

Le 6 décembre suivant en effet c'est la révolution: l'Andeiro est tué, la reine régente est renversée et le bâtard Maître Aziz, jeune frère du défunt roi Ferdinand, prend le pouvoir. Nuno Alvares partit alors pour Lisbonne mettre son épée au service de la révolte antiespagnole, pour la liberté de son pays.

 

Le nouveau maître appela Nuno à faire partie de son Conseil et à organiser l'armée. Sans combattre, il obtint la reddition des occupants du château de Saint Georges qui menaçait Lisbonne, ainsi que du fort d'Almada de l'autre côté du Tage.

 

Le roi de Castille, envoya à Lisbonne la mère de Nuno, Dona Iria qui était en Castille auprès de la reine Béatrice, avec la mission de convaincre son fils à ne pas épauler la révolte anticastillane, en lui faisant des promesses des riches récompenses.

 

La mère invita aussi les frères à faire pression sur Nuno. Elle le supplia par son amour et par l'amour de Dieu. Mais rien ne put le faire céder. A la fin, la mère en son coeur ne put qu'admirer l'attachement de son fils à la liberté de son pays, à tel point qu'en revenant en Castille elle lui envoya secrètement le jeune frère, Ferdinand, qui était auprès d'elle à la cour, pour combattre avec Nuno contre la Castille.

 

Nuno se fit un drapeau qui devait symboliser ses grands idéaux. Il était tout blanc, divisé en quatre parties par une grande croix rouge. Dans chaque quartier il y avait une image sainte. En haut à gauche le Seigneur crucifié entre la Vierge et saint Jean. A droite Marie avec l'enfant Jésus en ses bras. En bas Saint Georges et saint Jacques à genoux les mains jointes en prière. Aux quatre coins les armes de la famille Pereira.

 

Le Maître d'Aziz, envoya Nuno défendre le sud du pays. Il fit face avec 300 soldats à une armée de 5000 castillans. Son frère aîné, qui était du côté des Castillans, l'invita à se retirer. Nuno n'accepta pas. Après avoir longuement prié, il se lança dans le combat, et le 6 avril 1384, il remporta l'éclatante victoire d'Atoleiros. Ne pas content de la défaite de l'ennemi sur le champ de bataille, il poursuivit les fuyards jusqu'à la frontière espagnole délivrant du même coup les villes et les garnisons occupées par les castillans.

 

Deux jours après la victoire, Nuno se rendit en pèlerinage à Sainte Marie de Assumar rendre grâce pour la victoire obtenue. A son arrivé, il trouva l'église profanée et saccagée par les chevaliers de Castille qui en avaient fait leur caserne. De ses mains, Nuno se mit à la nettoyer et fit voeux d'y élever un grand temple en l'honneur de la Vierge.

 

Cette victoire militaire fut importante: elle donna confiance et courage à ses amis. Mais la situation était loin d'être favorable, car la plupart du pays était toujours dans les mains des Castillans, et Lisbonne était encore assiégée par les ennemis.

 

Nuno réussit à entrer dans la capitale. Il y fut acclamé par les habitants qui reprirent courage. Peu de temps après, les troupes espagnoles fatiguées par le siège, se retirèrent. Dans l'une des nombreuses escarmouches de cette époque trouva la mort son jeune frère Ferdinand, l'unique de sa famille qui avec lui avait pris parti pour le Maître d'Aziz.

 

Le 1 juin 1384, Nuno recevait les titres de propriété de la contée d'Ourem. Mais fallait-il les gagner avec l'épée à l'ennemi qui les occupait.

 

Le 6 avril 1385, Maître d'Aziz est élu et proclamé par les Cortes portugaises réunies à Coimbra, roi du Portugal avec le nom de Jean premier. Le lendemain le nouveau roi établissait les nouvelles charges donnant à Nuno le titre de Grand Connétable du Portugal. Agé d'à peine 25 ans, il devenait ainsi le chef suprême de l'armée portugaise. La guerre allait entrer dans sa phase décisive.

 

Après l'élection, la ville d'Oporto se rangea du côté de Jean premier, nouveau roi du Portugal. Ce fut l'occasion pour Nuno de revoir sa femme de laquelle il avait été si longtemps séparé; le roi en personne voulut l'accompagner dans cette visite.

 

Le 14 août 1385, après avoir écouté la messe, invité les soldats à avoir confiance dans le secours de la Mère de Dieu, le Connétable fit le voeu d'ériger sur le site un temple à la Vierge s'il remportait la victoire. Les castillans, conduits par le roi en personne, se présentaient avec une armée quatre fois plus nombreuse que celle du Connétable. La bataille fut rude mais la victoire décisive. Dans le combat, les deux frères de Nuno qui s'étaient rangés du côté du roi de Castille, trouvèrent la mort.

 

La bataille d'Aljubarrota, marque la fin des prétentions castillanes sur le Portugal, celui-ci avait gagné la bataille décisive pour sa liberté. Nuno se rendit en pèlerinage au sanctuaire de Ourem sa contée, où il fit ériger une église. Le roi, en accomplissement du voeu fait avant la bataille, fit élever la grande église de Sainte Marie de la Victoire, célèbre aussi comme le "Monument de la bataille".

 

Le Connétable, de son côté, à quelques kilomètres de l'église royale, fit élever une église à saint Georges, à l'endroit même où il avait prononcé le voeu.

 

Au mois d'octobre, Nuno passa la frontière et entra en Espagne, s'engageant dans une campagne militaire offensive pour plier définitivement les ambitions castillanes. Mais les Portugais se trouvèrent en grande difficulté. Nuno se retira alors dans un endroit calme et se mit à prier, faisant voeu à Notre Dame du Mont Carmel de lui ériger une église à Lisbonne s'il remportait la victoire.

 

Pressé par les capitaines qui s'étaient mis à sa recherche avec appréhension, il revint enfin au combat et remporta l'éclatante victoire de Valverde. Après quelques jours, il rentra au Portugal en triomphateur.

 

En 1387, sa femme vient à mourir. Après les funérailles, Nuno confia sa fille Béatrice, à sa mère Iria qui était rentrée à Lisbonne. Lui de son côté, bien que plusieurs fois sollicité, il ne voulut jamais se remarier.

 

En 1389, il commença la construction de l'église des Carmes de Lisbonne, en accomplissement de son voeu de Valverde. Le travail fut long et pénible à cause des nombreuses difficultés qu'il rencontra. En 1397, les frères Carmes purent enfin prendre possession de l'église et du couvent que le Connétable dota richement. En attendant la fin de travaux il s'installa près du couvent et de là il les suivait personnellement.

 

Notre héros avait une grande dévotion mariale. Il observait les jeunes du samedi en l'honneur de la Vierge, ainsi que les vigiles de ses fêtes. Il était habitué à la prier tous les jours. Avant chaque bataille il invoquait son aide et sa protection. Après les batailles il rendait grâce des victoires obtenues en élevant des églises en son honneur, ou en les restaurant ou enrichissant des dons.

 

A Villa Viçosa, il éleva un temple à la Conception de Marie, le plus ancien sous ce vocable au Portugal. C'est de là que vint la dévotion fervente des Portugais à l'Immaculée Conception.

 

Il écoutait tous les jours la messe et recevait souvent le saint sacrement. A ceux qui s'étonnaient de sa fréquence à la communion il disait:"Si quelqu'un veut me voir battu au combat, doit m'éloigner de ce saint banquet dans lequel Dieu lui-même nourriture des forts, fortifie les hommes; c'est par cette nourriture que je suis réconforté; j'y puise force et courage pour vaincre les ennemis."

 

Le Connétable était un homme de grande humanité et charité envers tous, même à l'égard de ses ennemis. Un an de forte disette des castillans vinrent chercher des vivres au Portugal. Le Connétable les accueillit avec humanité; à qui s'étonnait de son comportement il disait:"Pour la charité, il n'y a pas d'amis ou d'ennemis, mais que des créatures de Dieu".

 

En 1401, sa fille Béatrice, âgée de 18 ans, fut mariée à l'infante Don Alphonse. Ce mariage prometteur fit place à une très grande souffrance car à la naissance de son troisième enfant, sa fille mourait à l'âge de 22 ans. Le Père l'ensevelit dans le cloître des Clarisses. C'était dans un cloître que désormais lui aussi songeait s'ensevelir jusqu'à la fin de ses jours.

 

Mais le roi avait encore besoin de lui. En 1415, il le fit embarquer pour l'expédition de Ceuta. Nuno dirigea la campagne et malgré la farouche résistance musulmane, qui lui envoya trois armées successivement, sa victoire fut complète. Il renforça la défense de la place forte, contribuant ainsi à l‘extraordinaire expansion portugaise en Afrique.

 

Mais avec son esprit, le Connétable était déjà ailleurs. De retour de Ceuta, il se retira dans ses possessions d'Evora, distribua ses grandes richesse à ses collaborateurs et à ceux avec qui il avait des dettes d'un quelque ordre. Une grande partie de ses biens fut pour les pauvres, une autre pour ses neveux, pour lui-même il ne laissa qu'une misère.

 

Après l'arrivée des Carmes, le Connétable faisait désormais vie commune avec eux: il les aimait surtout par leur dévotion à la Vierge Marie. Après un certain temps de vie humble et pauvre tout près d'eux, il demanda d'être admis comme "frère laïc donné".

 

Les Supérieurs le prièrent d'accepter d'être au moins frère choriste, s'il ne voulait pas accéder à la prêtrise. Mais Nuno fut inébranlable, même quand le roi en personne vint l'en prier. C'est ainsi que le 15 août 1423, dans l'anniversaire de la victoire d'Aljubarrota, le comte d'Ourem, Grand Connétable de Portugal, prenait l'habit de "demi-frère", comme on disait alors, dans l'Ordre Carmélitain, en prononçant les voeux solennels.

 

Le noble et riche seigneur de ce monde avait disparu, désormais il était le pauvre frère Nuno de Sainte Marie. A son couvent Nuno laissa les souvenirs de sa vie militaire et déposa l'épée aux pieds de la Vierge. Il entreprit donc de vivre dans la pauvreté et le silence du couvent qu'il avait fait construire. Mais bien vite, il le trouva peu austère et peu silencieux et voulut s'éloigner de Lisbonne dans un endroit plus désert, pour éviter les nombreuses visites des nobles de Lisbonne. Mais le fils de roi qui l'aimait beaucoup intervint et lui interdit de quitter la capitale.

 

Il aurait voulu par humilité aller quêter son pain dans la ville, car, disait-il, il ne voulait pas être à charge des frères, ces frères qu'il avait si richement dotés de biens. Le roi intervint lui ordonnant de n'accepter des aumônes pour sa subsistance de personne d'autre que de lui. Et c'est ainsi que le roi envoyait toujours au couvent des Carmes son aumône pour la subsistance du frère Nuno.

 

Il obtint de ses supérieurs de se construire une cellule dans le jardin du couvent, et là, devant une image de Marie élevée au ciel, il passait de longues heures de prière.

 

En 1424, l'ambassadeur de Castille était à Lisbonne pour ratifier les accords de paix entre les deux Royaumes. Il voulut rendre visite au frère Carme, redoutable adversaire du Royaume de Castille. "Vous ne quitterez plus cet habit?" lui demanda l'ambassadeur. "Si, répondit, Nuno, je le quitterai si le roi de Castille reprend la guerre contre le Portugal!" L'ambassadeur s'en partit frappé de la vigueur qui habitait cet homme même sous l'humilité de l'habit religieux.

 

En 1425, court le bruit que les musulmans vont attaquer Ceuta. Après beaucoup de réflexion, Nuno se décide à participer à l'expédition en secours de la ville:"Sans quitter l'habit, avec mon chapelet à la main, l'épée dans l'autre, je viendrai comme le prophète Elie défendre la cause de Dieu!" Le jour venu, il s'embarque dans l'enthousiasme des soldats qui le vénéraient comme chef invincible; mais en apprenant que les musulmans avaient renoncé au projet, l'expédition n'eut pas lieu. Frère Nuno retourna ainsi à son couvent.

 

Touché par le nombre croissant des pauvres, frère Nuno se mit à leur service en tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. Il fit rechercher un immense chaudron qu'avait servi pour la cuisine de ses soldats et le donna au couvent pour y préparer chaque jour le repas pour les pauvres qu'il distribuait de ses propres mains. Cette oeuvre de charité continua même après la mort de frère Nuno, jusqu'à ce que dura le couvent des Carmes à Lisbonne.

 

Frère Nuno pensa aussi aux prisonniers. Il les visitait souvent et établit la tradition d'une visite de tous les religieux du couvent avec le supérieur, le vendredi saint, pour leur apporter un repas et des aumônes en particulier à ceux qui étaient en prison à cause de dettes, de manière qu'ils puissent les payer et retrouver ainsi leur liberté.

 

Les forces du vieux frère s'épuisaient rapidement dans les pénitences et les privations auxquelles il s'adonnait. Il vint le jour où il ne put plus se lever pour écouter ses deux messes quotidiennes et servir ses pauvres. Sa fin était proche. La ville tout entière, ses amis en particulier en furent alertés. Tous suivirent avec appréhension le déclin du héros national. Les rois et les nobles vinrent rendre leurs dernières visites au grand portugais qu'ils allaient perdre.

 

Le 30 octobre 1431, on signait la paix définitive entre Portugal et Castille, garantissant l'indépendance du Portugal et les droits légitimes de Jean premier. L'oeuvre plus éclatante et qui l'avait le plus passionné était donc accomplie. Il pouvait prier:"Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix."

 

Le lendemain, le premier novembre, frère Nuno de Sainte Marie quittait ce monde. Le chroniques nous racontent que peu avant sa mort, il demanda qu'on lui lise la passion de Jésus  dans l'évangile de saint Jean. Il suivit le récit avec ses dernières forces. Quand le frère lit:"Voici ta mère", la tête du bienheureux pencha d'un côté et ne bougea plus. Celle qu'il avait si tendrement aimé toute sa vie était venue recueillir l'âme purifiée et pacifiée de son serviteur.

 

Toute Lisbonne, dans une procession ininterrompue voulut rendre hommage au "Saint". Le roi voulut pour l'ami à qui devait le trône, des funérailles très solennelles. Plus que jamais les pauvres et les nécessiteux se pressèrent auprès de leur bienfaiteur, pour lui présenter leurs prières et en recevoir une bénédiction, une relique, une grâce.

 

Frère Nuno fut enseveli devant l'autel de la Vierge, dans l'église qu'il avait voulu à la gloire de Marie.

 

C'est là que dix ans après sa mort, sa mère le rejoindra, associée dans une renommée de sainteté par sa vie de pénitence.

 

De nombreux miracles eurent lieu au tombeau de l'humble frère Carme. Il fut vite vénéré. Son tombeau fut progressivement enrichi de présents royaux et de tout le peuple. Des pèlerinages et des fêtes célébraient la mémoire de l'héros national du Portugal et du pauvre frère Carme.

 

En 1522, les restes furent exhumés et transportés dans un tombeau d'albâtre richement orné, don de la reine de France. En 1755, un terrible tremblement de terre détruit presque complètement la ville et l'église des Carmes de Lisbonne. Les dépouilles du bienheureux subirent alors de nombreuses translations.

 

Aujourd'hui elles reposent dans la chapelle des Tertiaires Carmélitains de Lisbonne. C'est là qu'elles furent transférées après le décret de béatification du Saint Siège du 23 janvier 1918, qui reconnaissait le culte immémorial rendu par le peuple portugais à frère Nuno de Sainte Marie.

 

Canonisé par Benoît XVI en avril 2009.