Bienheureux Angiolo Paoli (1642-1720)

 

Né en 1642, à Argigliano, il fut baptisé sous le nom de François. Guidé par son amour filial pour la Vierge Marie, il entra au Carmel avec son frère Thomas. Tous deux revêtirent à Sienne l'habit de l'Ordre, le 1er décembre 1660, et François changea son nom pour celui d'Angiolo. La suite de sa formation se déroula dans les couvents de Pise et de Florence. Le 7 janvier 1667, il célébra sa première messe à Florence

Nommé maître des novices à Florence, il réussit à convaincre bon nombre d'entre eux de se priver d'une partie de leurs repas pour l'apporter aux pauvres. Il avait inscrit au programme du noviciat des visites fréquentes à l'hôpital Santa Maria Nuova : c'est ainsi que les novices pouvaient découvrir le visage du Christ en tout être souffrant et indigent. A Empoli, il assuma la charge d'une paroisse. II distribua en aumônes tout ce qu'il avait. Quand son activité pastorale lui laissait un peu de temps, il se retirait dans une grotte ; du pain et un peu de verdure constituaient le « support » de sa prière toujours plus passionnée.

Après de nombreux déplacements à Sienne, Montecatini, Pise et Fivizzano, en 1687, le père Angiolo fut appelé à Rome. Le Prieur Général, ayant entendu parler de sa vie, voulut le faire venir dans la communauté de Saint Martin aux Monts. Le père Angiolo, reçue l'obéissance, salua ses frères, prit son manteau et son bréviaire et, la nuit même, il partit à pieds et sans ressources. Après plusieurs jours de voyage, il arriva finalement à Rome, accueilli avec une grande joie par le prieur Général et par les autres frères.

Sa première charge fut celle de maître des novices ; c'était la raison principale pour laquelle il avait été appelé à Rome. Pendant les moments de liberté que lui laissaient ses devoirs de maître de novices, son amour de Jésus Crucifié le poussait à prier au sanctuaire de la Scala Santa. Un jour, en sortant de ce sanctuaire, il s'attarda à regarder l'Hôpital Saint Jean et une idée germa dans sa tête. Il revint immédiatement au couvent et demanda la permission au prieur de se dévouer pour ces malades. Il ne se passa alors plus un jour sans que le frère Angiolo ne se rende aux deux hôpitaux Saint Jean (l'un pour les hommes et l'autre pour les femmes).

Parfois, il arrivait à l'hôpital accompagné de musiciens et de chanteurs pour remonter un peu le moral aux malades. Son premier biographe raconte qu'en 1727: « Pendant le Carnaval, il quitta le couvent de Saint Martin avec divers instruments de musique, dont jouaient doucement ses compagnons dévoués ; il portait pour ainsi dire triomphalement les viandes qu'il destinait aux malades; c'est dans cet équipage qu'il pénétra dans l'Hôpital, et il est incroyable de constater quelle consolation il leur apporta en apparaissant de la sorte et en leur donnant ce concert. Le Jeudi gras et le dernier jour du Carnaval, il avait l'habitude, pour la plus grande joie des malades, de faire danser au son de quelques instruments ceux qui étaient de service en ces lieux : et lui-même, masqué, n'hésitait pas à entrer avec eux dans la danse, mais avec décence; en pratiquant de la sorte, l'homme de Dieu supprimait les côtés profanes et nocifs des fêtes du monde. »

Ainsi, Frère Charité, le Père des pauvres, comme désormais tout le monde l'appelait, se donnait lui même aux autres. Sa charité s'étendait aussi aux pauvres qui se pressaient à l'entrée du couvent Saint Martin. Il distribuait à tous du minestrone, du pain, du vin, des fruits... Un jour les pauvres étaient très nombreux et il disposait seulement d'un peu de minestrone et d'une cinquantaine de pains. Faisant confiance à la Divine Providence, il commença à distribuer les vivres. Et, à la stupeur générale, tous eurent une abondante ration. Un autre jour, il sortit du couvent avec seulement deux pains dans la manche de sa tunique. Il put cependant distribuer du pain à tous les pauvres qu'il rencontra. Le Père Angiolo, en fait, comme il le disait lui-même, s'approvisionnait « à la boulangerie de la Providence ».

Le pape Clément XI lui offrit la pourpre cardinalice comme l'avait déjà fait Innocent XII ; mais il refusa énergiquement parce que « cela pourrait faire du tort aux pauvres que je ne pourrais plus aider » ; ce fut sa réponse.

Frère Angiolo ne pouvait supporter que le Colisée, qui avait été imprégné du sang des martyrs, fût si abandonné et profané. Il insista auprès du pape Clément XI qui approuva le projet du frère. Et c'est ainsi que le Carme se transforma en maçon ; avec l'aide de quelques volontaires, il fit fermer les arcs avec des murs épais, et les portes avec de grosses traverses en fer. A l'intérieur, il érigea trois grosses croix de bois.

Au cours de ses visites à l'hôpital, il avait constaté que les malades, surtout les plus pauvres, à la fin de leur convalescence erraient dans la ville encore faibles et sans être complètement guéris. Et, comme il fallait s'y attendre, ils retombaient malades. Frère Angiolo les aidait en les mettant en pension dans des familles, mais les malades étaient très nombreux.

Alors il lui vint l'idée de construire un « hospice » pour convalescents où ils pourraient rester jusqu'à ce qu'ils soient tout à fait rétablis. Ainsi, malgré de multiples difficultés et l'incrédulité d'un grand nombre de personnes, l'hospice fut bâti entre le Colisée et la basilique Saint Jean du Latran. A l'intérieur, se trouvait une chapelle avec un petit orgue. A l'inauguration du nouvel hospice, le Père Angiolo se mit à l'orgue et en joua en signe de fête. La Providence ne le laissait pas manquer de bienfaiteurs. Il arrivait à l'hospice tellement de pain et de vin que frère Angiolo en distribuait aussi aux pauvres qui se pressaient à la porte du couvent Saint Martin.

Le père Angiolo utilisait « ses moments de liberté » pour confectionner des scapulaires de Notre Dame du Mont Carmel qu'il distribuait aimablement. Il répondait avec gentillesse à ceux qui l'exhortaient à se reposer : « Un Carme goûte le même repos que saint Jean sur la poitrine de Jésus, en méditant ses paroles ! »

A propos des pauvres, il aimait dire : « Celui qui maltraite les pauvres blesse Dieu; en effet, nous devons reconnaître dans les pauvres notre Seigneur bien-aimé et, de même que nous ne devons ni menacer ni frapper les grands de la terre mais au contraire les réprimander avec respect, de même nous ne devons pas mépriser les pauvres ou les malmener et les injurier ; il faut, au contraire, les corriger avec respect et charité. » Il disait aussi : « Nous sommes tous égaux devant Dieu. Dans ce monde nous faisons des différences, mais, dans l'autre vie, c'est celui qui aura fait le plus de bien qui aura le plus de mérite pour Dieu. C'est parce que nous sommes tous les enfants d'un Père qui nous aime tellement que, réciproquement, nous devons l'aimer. Là où sont les pauvres, là aussi est Dieu. Celui qui cherche Dieu doit aller le trouver chez les pauvres. C'est dans la pauvreté et l'infirmité qu'on rencontre Dieu. »

Après une courte maladie, le père Angiolo rendit son âme à Dieu, le 20 janvier 1720, entouré de toute la communauté. Il fut enseveli dans la basilique Saint Martin aux Monts qu'il avait desservie comme sacristain et organiste. Sur la pierre tombale de son sépulcre, on écrivit : « Père Angiolo Paoli, père des pauvres ».

Le père Angiolo Paoli, « Frère Charité », « Père des pauvres », a été béatifié dans la basilique du Latran à Rome, le 25 avril 2010.