La réforme de Touraine (XVIIème siècle)

La Réforme de Touraine est née en France au XVIe et au XVIIe siècle, dans les couvents de Rennes et de Paris (Place Maubert). Frère Philippe Thibault (1572-1638) fut le « Père » de cette réforme ; il fut aidé par le Prieur Général de l’Ordre, Frère Henri Silvius, qui imposa des décrets de réforme lors de sa visite à Paris (1603), puis au Chapitre provincial de Nantes (1604). En, 1633, toute la province carmélitaine de Touraine était réformée. Cette réforme suscita des Carmes d’une grande envergure spirituelle : Pierre Behourt (1564-1633), Jean de Saint-Samson (1574-1636), Dominique de Saint Albert (1595-1634) , Maur de l’Enfant-Jésus (1618-1690), Bernard de Sainte Madeleine (1589-1669), Marc de la Nativité (1617-1671), Donatien de Saint Nicolas (1683), Hugues de Saint François (1667), Lezin de Sainte Scholastique (1674). En Flandres, il y eut aussi Michel de Saint Augustin (1621-1684) et Paris Petyt. La Réforme s’est étendue à d’autres provinces française, à l’Europe Occidentale, arrivant même en Pologne et au Brésil (XVIIIe siècle).

Cette Réforme a été fidèle à la quête contemplative du Carmel (chapitre VII de la Règle). La prière est donc considérée comme la partie principale (« pars potior ») du charisme du Carmel. D’ailleurs, Thibault aimait à dire « : « Les papes ont dispensé les Carmes de certains points de la Règle, mais jamais ont dispenser le devoir de méditer jour et nuit dans la Loi du Seigneur : partie principale de cette Religion ». Pour ce faire, la Réforme veillera à ce que les couvent créent une ambiance contemplative (silence, solitude, recueillement et oraison). Cette quête contemplative s’exprime parfaitement dans la spiritualité de Frère Jean de Saint-Samson, l’âme du noviciat de Rennes. La Réforme sera très marquée par la « Dévotion Moderne » (« Devotio Moderna »), le salon de Madame Zacarie et les pratiques de la spiritualité des Carmes Déchaux. Toutes ces influences ont été assumées d’une façon originale et organique : la rédaction de la Méthode propre d’oraison mentale et du Directoire des Novices par Frère Marc de la Nativité en est un bon exemple.

En ce qui concerne l’apostolat, on distingue, au sein de la réforme, deux tendances distinctes . La première est celle de Thibault, qui considère l’apostolat comme partie intégrante du charisme carmélitain. D’ailleurs, dans la réforme, c’est cette tendance à une vie mixte qui s’imposera. La seconde est celle de Jean de Saint-Samson pour qui l’apostolat était un élément très secondaire de la vie carmélitaine, essentiellement vie d’oraison et de solitude. Mais Frère Jean n’hésite pas à visiter les malades, car il ne connaît pas de dichotomie entre action et contemplation. Les deux tendances de la Réforme se rejoignent dans la pratique de l’exercice de la présence de Dieu et l’oraison aspirative. développa une grande activité pastorale : les confréries du Scapulaire et du Tiers Ordre, la prédication, les confessions, l’ouverture d’un séminaire et le sanctuaire de Sainte Anne d’Auray en Bretagne. Enfin, les traditions de l’Ordre, les décrets de réforme du Pape Clément VIII (1594) et ceux du Prieur Général, Henri Silvius, constituent la base législative de cette Réforme. D’ailleurs, elle connut une grande floraison de textes juridiques : Normes de gouvernement pour Angers et Rennes (1610), les Déclarations pro Observantia (1611), Règles et Statuts de Rennes (1612),les Exercitia Conventualia (1615) et les Constitutions de la Réforme (1636. 1637 et 1639).