Une brève histoire des Grands Carmes en France

Entre 1230 et 1235, il y aurait eu au Mont Carmel un Chapitre Général de l'Ordre sur la question : « Est-il permis aux ermites du Mont Carmel de passer en Europe ?  » ; après une réponse positive commence l’émigration de l’Ordre en Occident.

Les premières fondations semblent être celle de Fortami à Chypre et celle de Messine en Sicile. En 1235, on note la fondation d’un couvent à Valenciennes , en 1242 à Aylesford

Et en 1244 aux Aygalades près de Marseille. A cette époque, Marseille et Valenciennes ne sont pas en France. C’est en 1256 qu’un couvent apparaît à Montpellier et deux ans plus tard à Paris. Dans les dix années suivantes, on recensera dix nouveaux couvents en France.

A la fin du XIVe siècle, L’ordre compte en France 7 provinces avec 91 couvents. Malgré tous les drames, ce siècle demeure une grande période de l’histoire des Carmes en France et du rôle des carmes français dans l’Ordre. Il suffit de rappeler que des vingt Chapitres Généraux que nous donne le « Liber Ordinis » à partir de 1318, jusqu’au début du Grand Schisme en 1378, dix ont eu lieu en France et trois des huit Prieurs Généraux étaient français. Le XIVe siècle verra en outre le développement des maisons d’études dans l’Ordre et restera marqué par des théologiens comme Gérard de Boulogne, Jean Baconthorp et surtout Saint Pierre Thomas.

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Entre 1235 et 1244, les Crames se sont installés en France à Valenciennes dans le Nord et dans le Sud aux Aygalades (Marseille).

Après quatre siècles de présence carmélitaine française, la Révolution détruit une admirable floraison de 133 couvents carmélitains.

Le siècle suivant est indiscutablement un siècle de crise pour la vie religieuse, mais il ne manque pourtant pas de signes de richesse spirituelle. En 1411, l’Ordre est de nouveau unifié après l’épreuve du Schisme. Au cœur de ce siècle, nous trouvons l’œuvre réformatrice du Bienheureux Jean Soreth, élu Prieur Général en 1451. Il entreprend un vaste mouvement de Réforme en valorisant les germes et les mouvements déjà existants. Sa devise : « Retour à la Règle ». Son nom reste lié à la naissance des Carmélites qu’il fonde avec la Bienheureuse Françoise d’Amboise, duchesse de Bretagne. En 1499, une autre réforme voit le jour, la Réforme d’Albi. C’est un mouvement qui recherche une vie carmélitaine plus stricte et plus spirituelle. Elle sera approuvée en 1513 comme une congrégation d’Observance, mais sera supprimée en 1584 par le Pape Grégoire XII. Le couvent universitaire de « la Place Maubert » s’y était associé.

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Durant le XVe siècle, l’activité intellectuelle de l’Ordre continue de s’étendre avec de nouvelles maisons d’études. La France joue encore un rôle important(6 Généraux sur 9 et 11 chapitres sur 20). L’Italie prendra ensuite la place du moteur de l’Ordre;. A la fin du siècle, le Carmel français compte 110 couvents.

Le XVIe siècle est l’un des plus difficiles de l’histoire de l’Ordre en France et en Europe en général. La réforme protestante attaque directement la vie religieuse dans ses idées mais aussi dans ses couvents. Peu de carmes adhéreront aux idées protestantes. Durant ce que l’on nomme les Guerres de Religion, de nombreux couvents furent détruits et les religieux chassés, voire exécutés.

La reconstitution du Carmel français se poursuivra durant tout le XVIIe siècle. On note qu’en 1600 il reste 102 couvents et plus de 2000 frères . Ce siècle est celui de la réforme de Touraine ; Pierre Behourt et Philippe Thibault en sont à l’origine. C’est aussi durant la seconde partie de ce siècle que les carmes commencent leur implantation aux Antilles, à Saint Christophe puis à la Guadeloupe. En 1699, les sept provinces (France, Narbonne, Aquitaine, Provence, Toulouse, Gascogne et Touraine) comptent 122 couvents.

Le XVIIIe siècle es le siècle d’une vie ordinaire abolie par la Révolution. Le déclin était sensible en France où, en 1765, on ne comptait plus que 900 frères. La Révolution mettra fin à l’histoire du Carmel en français pour deux cents ans. Les Carmes eurent aussi leurs lâches et leurs martyrs. Il y aura pourtant durant ce siècle trois Prieurs Généraux français dont le dernier est Frère André Audras, qui assurera le fonction en 1780 et 1788, mais qui n’aura pas le temps de rejoindre son Carmel français riche alors de 133 couvents. Il mourra de chagrin face au désastre.

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