L'exode vers l'Occident

Le Carmel est né en Israël ; cependant, comme la situation politique de ce pays se dégradait, les ermites Carmes ont commencé à émigrer vers l’Europe occidentale à partir de 1238. Cet exode entraînera une transformation du style de vie et des structures de la vie carmélitaine. Malgré les difficultés, les ermites carmes s’établissent rapidement un peu partout en Europe : à Chypre et à Messine vers 1235, à Hulne et à Aylesford (Angleterre, en 1242), à Valenciennes en 1235 et aux Aygalades en 1244 (France), à Paris en 1245, à Pise en 1249, à Cologne en 1260. Vers la fin du XIIIe siècle, il existait déjà environ 150 couvents carmélitains, réunis en 12 provinces. Voici les principaux défis qu’a connus l’Ordre du Carmel et qui ont même menacé son existence dans l’Eglise.

Première atteinte à la survie de l’Ordre : en 1215, le Concile de Latran oblige les nouveaux Ordres à embrasser une ‘ex Regulis approbatis’ par la tradition de l’Eglise. Les ermites carmes n’ont qu’une Nome de Vie.

Le 26 juillet 1246, demande éventuelle d’un intervention pontificale de la part des ermites carmes. Il s’agit de changer leur état de vie érémitique de pénitents pour embrasser un état de vie qui unisse à la fois vie contemplative et vie active à l’instar des clercs. En somme, ‘ils veulent atteindre l’état qui puisse être utile à leur propre salut et à celui des autres’.

Lors du Chapitre Général de 1247, les Carmes envoient une délégation au Pape Innocent IV pour lui demander de corriger quelques points douteux et de mitiger quelques sévérités de la Norme de Vie de Saint Albert et de l’adapter aux exigences de l’Europe.

Le 27 juillet 1247 par la bulle ‘paganorum incursus’, le Pape Innocent IV demande aux évêques de bien vouloir accepter dans leurs diocèses ces pèlerins carmes expulsés de leur ermitage du Mont Carmel par les infidèles.

Le 1er octobre 1247 par la bulle ‘Quae honorem Conditoris omnium’, le Pape Innocent IV, après avoir précisé, corrigé quelques points douteux et mitigé quelques sévérités, a transformé la Norme de Vie des Carmes en une Règle approuvée par l’Eglise(‘Regula bullata’) . Ces corrections n’ont pas été nombreuses et elles n’ont pas touché à la spiritualité érémitique de la Norme de Vie de Saint Albert. Il n’y a rien qui concerne directement l’apostolat (‘cura animarum’) ; cela viendra comme conséquence de la demande des Carmes d’embrasser l’état de vie de la fraternité apostolique des Ordres Mendiants . Désormais, les Carmes peuvent de plein droit prêcher, enseigner et confesser dans l’Eglise. Ainsi, ils sont libres de vivre dans des ‘lieux isolés’ ou bien dans ‘les villes’ ? Etre ‘in eremis’ ou in ‘in villis’ dépend uniquement de la discrétion du Prieur et des Frères. D’ailleurs, le berceau de l’Ordre en Israël, qui existera jusqu’en 1291, était un ermitage. Après l’approbation d’Innocent IV en 1247, le charisme du Carmel atteint sa physionomie définitive, son parcours charismatique s’est achevé. Le Carmel conservera à la fois une double dimension : une vie contemplative et une vie apostolique (vie mixte), même si la nostalgie du désert marquera à jamais la spiritualité carmélitaine. Les réformes de l’Ordre en sont les meilleurs témoins.

Deuxième atteint à la survie de l’Ordre : le 2e Concile de Lyon et la ‘nota vacillationis’ du 17 juillet 1274. Malgré tous les privilèges et protections, les Mendiants étaient vus comme une ‘nouveauté’ pour l’Eglise. Reprenant en partie le Concile de Latran, le 2e Concile de Lyon décide la suppression des Ordres religieux qui sont dans une situation juridique irrégulière (‘incerta mendicita’). Les Carmes défendent leur naissance avant les décisions de Latran IV et évoquent les approbations pontificales. Le Concile ne confirme pas l’Ordre, mais permet qu’il ‘in sui statuo manere’ jusqu’à ce qu’il justifie par des preuves son vrai statut canonique. Cette menaçante situation d’attente mat les Carmes dans une grande incertitude à l’égard de laur avenir dans l’Eglise. Finalement, après beaucoup d’interventions de la part de l’Ordre, celui-ci est confirmé par l’Eglise. Les Carmes voient dans ce 17 juillet l’intervention de la Vierge Marie en leur faveur.

Le Chapitre Général de 1287 à Montpellier : les Carmes décident de changer leur cape rayée ou barrée en une cape blanche. Celle-ci a une symbolique dans la spiritualité du Carmel : elle indique notamment la pureté et la virginité de Marie. Le 3 mars 1298, la Pape boniface VIII ordonne l’annulation de la ‘nota vacillationis’ et met l’Ordre du Carmel ‘in pristino ac solido statu’. C’est la fin de cette période d’incertitude, car le Carmel jouit désormais d’une solide stabilité juridique. Enfin, la reconnaissance définitive des Carmes fut achevée par le Pape Jean XXII (en 1317 et en 1326), lorsqu’il accorde à l’Ordre tous les droits dont jouissaient les autre Ordres Mendiants.

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