Les ermites latins du Mont Carmel et la "norme de vie" de Saint Albert

A l’époque de la troisième Croisade (1189-1192), le Mont Carmel devient un lieu propice pour l’établissement d’une vie contemplative. Vers 1192 un petit groupe d’ermites latins s’installe au Carmel pour y commencer une vie de solitude. Ce groupe semble être formé par des pénitents, des ermites et des pèlerins, voire même des anciens croisés fatigués de la guerre. Ces chrétiens, sur le Mont Carmel, commencent à vivre un projet de vie érémitique en ‘sainte pénitence’ et en solitude, avec une prière enracinée dans la Parole de Dieu, parfois avec l’Eucharistie ; ils vivent la spiritualité du pèlerinage aux lieux saints et du ‘chemin’. Ils désirent être au service du Seigneur du lieu (« vivere in obsequio Iesu Christi »). D’ailleurs, le choix de l’emplacement de ce groupe est révélateur ; outre le fait d’offrir des grottes pour la solitude, ce lieu, le « wadi ’ain es-Siah », se trouve sur le chemin des pèlerins qui vont d’Acre à Césarée. Cela incite, peut-être, ces ermites à accueillir les nombreux pèlerins : un  service fraternel en vue de l'union et de la paix dans le contexte des Croisades.

Ce groupe latin, sous la conduite d’un certain Frère ‘B’ (Brocard ?), demeure auprès de la source d’Elie dans le « wadi ‘ain es-Siah ». A un certain moment de leur histoire, il ressent le besoin d’une meilleur organisation de vie et d’une certaine stabilité juridique ; pour cela il s’adresse au Patriarche de Jérusalem, Saint Albert. Entre 1206 et 1214, ces ermites obtiennent de lui une Norme de vie (« Vitae Formula ») provisoire selon leur projet de vie initial (« propositium »). Saint Albert ‘cidifie’ et ‘explicite’ l’expérience de ces ermites, tout en respectant leur style de vie érémitique ; il y introduit quelques éléments d’une vie communautaire des Ordre Mendiants(« collegium »). D’ailleurs, l’idéal de cette communauté d’ermites est celui de la communauté de Jérusalem (Ac 4, 32-35), celui des Mendiants.

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