Témoignage de Jacques de Vitry

« Dès ce moment (fin du XIe siècle) L'Église d’Orient commença à reverdir et à fleurir ; le culte de la religion se répandit dans les contrées orientales et sur la vigne du Seigneur poussèrent de nouveaux bourgeons. Par là on voyait s’accomplir en elle ce qui a été écrit dans le Cantique des Cantiques : ‘L’hiver est déjà passé, les pluies se sont dissipées et ont cessé ; les fleurs paraissent sur notre terre ; le temps de tailler les arbres est venu.’ Des diverses parties du monde, de toutes les tribus et de toutes les langues, ‘de toutes les nations qui sont sous le ciel’, des pèlerins dévoués à Dieu, des hommes religieux attirés par le parfum des lieux saints et vénérables, affluaient en foule vers la Terre Sainte. Les églises antiques étaient restaurées, ou on en construisait de nouvelles ; des couvents de religieux réguliers s’élevaient sure des emplacements bien choisis, par les largesses des princes et les aumônes des fidèles ; de tous côtés on plaçait des ministres des églises en nombre suffisant, et on disposait, selon les convenances, tout ce qui se rapporte au service et au culte divin. Des hommes saints, renonçant au siècle, entraînés par des sentiments et des désirs divers, et tout embrasés du zèle de la religion, choisissaient à leur gré les lieux les plus convenables pour l’accomplissement de leur projet et leur vie de dévotion. Les uns guidés plus particulièrement par l’exemple du Seigneur préféraient ce désert tant désirable, dans lequel Notre Seigneur, après son baptême, jeûna en solitaire pendant quarante jours et qu’on appelle pour cela la Quarantaine ; et voulant mener une vie d’ermites, ils combattaient en toute dévotion pour le Seigneur dans de modestes cellules. D’autres, à l’exemple en en imitation de cet homme saint et solitaire, le prophète Elie, vivaient en ermites sur le Mont Carmel, et principalement dans cette partie de la montagne qui domine la ville de Porphyrie et Haipha, près de la fontaine d’Elie, non loin du monastère de la Bienheureuse Marguerite. Ils menaient une vie de solitude, chacun pour soi, où, comme des abeilles, ils faisaient du miel d’une douceur toute spirituelle »

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