MARIANGELA VIRGILI (1661-1734)

Mariangela Virgili


A Ronciglione qui se trouvait alors dans les Etats pontificaux, le 8 septembre 1661, à l’heure de l’Angelus du soir, Lucia Finis, mariée avec le cordonnier Séraphin Virgili, au septième mois de grossesse, donnait naissance au premier de ses six enfants ; c’était une petite fille, qui fut appelée Mariangela, et fut baptisée le 10 septembre suivant.

 A l’âge de six ans, la petite Mariangela tomba sérieusement malade ; elle était en proie à des fièvres violentes qui durèrent six mois environ. Son père en profita pour quitter son atelier et pour travailler à la maison, afin d’être toujours prêt à secourir son enfant. Il l’instruisit des vérités de la foi catholique, lui expliqua le Notre Père, l’Ave Maria, les Commandements et les Sacrements. La phase aigüe de sa maladie passée, Mariangela put reprendre sa vie ordinaire, mais elle garda toujours un état fiévreux dont l’intensité variait selon les jours et les heures.

Ce fut encore son père qui la prépara à sa première confession et à sa première communion, qu’elle eut le bonheur de recevoir à l’âge de 8 ans, en 1669. C’est alors que Mariangela révéla à son père son désir de la vie monastique. Mais celui-ci lui dit : « Nous sommes pauvres, tu feras la moniale dans ta maison ! »

 Mariangela grandit au sein d’une famille nombreuse, aidant sa mère dans les travaux domestiques, mais aussi enseignant le catéchisme aux plus petits et participant, de nombreuses années durant, au transport des pierres pour la construction de la cathédrale de sa ville.

En 1675, avec son père, elle se rendit à Rome à pied, pour le pèlerinage de l’année sainte. Elle fit alors l’expérience de la puissance de la foi. Sur la route du retour, elle était très fatiguée et demanda au père de s’arrêter pour une pause. Celui-ci arracha une petite branche à un arbre et la lui donna, lui disant : « Mettez cela dans votre bouche et ayez foi que Dieu vous fera passer la fatigue que vous ressentez. » Mariangela obéit et sentit ses forces lui revenir, comme au commencement du voyage. Elle demanda alors à son père quel était cet arbre qui avait ce pouvoir extraordinaire. Il lui répondit que ce n’était pas l’arbre qui avait la vertu de rendre la force mais la foi en Dieu dont elle avait fait preuve.

 Mariangela, encore jeune commença à travailler comme ouvrière journalière à la campagne et dans les maisons de ceux qui l’embauchaient. Un jour, alors qu’elle priait le Rosaire, la Sainte Vierge l’avertit de la mort de son père. Peu après, en effet, celui-ci tomba malade et, durant trois ans, il garda le lit. Il mourut en 1679, laissant sa femme et ses nombreux enfants sans ressources.

 Mariangela dut alors travailler encore plus péniblement pour soutenir sa famille et pour payer les dettes occasionnées par la maladie de son père ; on la vit souvent aller chercher des herbes dans les bois pour nourrir sa famille.

 Un jour de fête, la mère lui ayant commandé d’aller travailler chez sa tante, elle s’y refusa intérieurement et supplia le Seigneur de l’empêcher de commettre un tel péché. En arrivant chez sa tante, elle eut un manquement et ses yeux se mirent à verser du sang de telle sorte qu’elle ne put accomplir ce que l’on attendait d’elle.

Elle resta pratiquement aveugle durant 11 ans environ. A sa demande, le Seigneur mitigea sa peine en lui permettant de voir suffisamment mais seulement pour se rendre à la messe. Elle sera complètement guérie par l’intercession de saint Joseph, lors d’une vision du saint patriarche. Elle put s’adonner à nouveau aux travaux de la maison et aux œuvres de miséricorde envers tous les nécessiteux. Elle refusa définitivement le mariage, pour se donner toute à Dieu avec les trois vœux : pauvreté, chasteté et obéissance.

En grandissant, Mariangela prit conscience qu’elle avait besoin d’un directeur spirituel pour la conduire dans les voies du Seigneur. Le premier fut le Père Carme, Scipione Pironti. En1686, le P. Jérôme Carignoni accepta de la diriger, ce qu’il fit durant 11 ans. Ce bon Père se rendait à la maison de Mariangela, alors aveugle, pour la réconforter et l’instruire dans la foi et la vie spirituelle. Etant lui-même de vie très austère, il permit à Mariangela de mener une vie de pénitence, de jeûnes et d’abstinences encore plus rigoureuses que dans le passé.

Mariangela fut calomniée auprès de l’évêque de Sutri, qui la fit garder prisonnière dans une maison de la ville de Capranica, durant trois jours et trois nuits, pour la mettre à l’épreuve. Durant ce temps, elle fut violemment attaquée par le démon. Enfin, l’évêque découvrit la vérité, reconnut les grandes vertus de la servante de Dieu et la renvoya libre chez elle. Ce fut à cette époque qu’elle perdit son directeur spirituel, le P. Carignoni.

Un jour, appelée par son frère Joseph, elle se rendit avec sa mère à pied à Bracciano pour lui prêter secours. Mais il mourut rapidement victime d’une maladie foudroyante. Peu après ce deuil, Mariangela pleura aussi la mort de sa mère.

 Mariangela était analphabète, mais elle désirait apprendre à lire. Un jour, elle devait avoir 36 ans environ, une image de sainte Thérèse de Jésus avec un passage de ses écrits tomba sous ses yeux. Elle fut saisie d’un vif désir de comprendre les paroles de cette sainte qu’elle aimait tendrement. Elle s’adressa alors au Seigneur : « Mon Dieu, si je savais lire, je pourrais tirer quelque profit de ces paroles ! » Peu après, en regardant à nouveau le texte, elle put le lire et le comprendre aisément. Ce fut là le signe qu’apprendre à lire n’était pas une tentation du diable, mais une inspiration divine. Elle se détermina alors à apprendre à lire surtout pour réciter le petit Office de la Sainte Vierge.

Avec l’aide d’une jeune fille qui fréquentait l’école, Mariangela apprit toute les lettres de l’alphabet. Et avec cette seule connaissance, peu à peu, toute seule, elle arriva à lire convenablement non seulement le petit Office de la Vierge mais encore d’autres livres profitables à son âme ; cependant, elle confessait ne rien comprendre à tout le reste qu’elle pouvait lire.

Après la mort du P. Carignoni, le Père Jean-Dominique Bonfiglioli accepta de lui prêter son assistance spirituelle et la prépara à revêtir l’habit de tertiaire carmélitaine. Mariangela dut patienter avant de le recevoir, car plusieurs frères de la communauté s’y opposaient, considérant qu’elle était encore trop jeune pour un tel engagement.

En 1700, elle revêtit l’habit du Tiers-Ordre Carmélitain dans l’église Sainte Marie du Peuple ; mais pour l’éprouver, les Carmes exigèrent qu’elle se choisisse un confesseur en dehors de la communauté carmélitaine. Elle rencontra la bienveillance d’un père Augustinien qui fut son père spirituel durant les deux ans de son noviciat. Enfin, en 1702, le P. Provincial lui-même, le P. Mendes, vint de Rome l’admettre à la profession et lui permit de reprendre un père Carme comme confesseur et directeur spirituel.

Mariangela consacra alors de plus en plus de temps aux œuvres d’apostolat, vivant d’aumônes spontanées que les gens lui apportaient. Elle s’occupa particulièrement des jeunes filles de mœurs dissipés, en risquant pour elles sa vie ; plusieurs fois, elle échappa indemne aux tirs d’arquebuse de ceux qui se sentaient lésés par son action. Elle accueillait dans sa maison ces filles, en encourant aussi les reproches des gens bien qui trouvaient inconvenant le fait qu’elle les reçoive chez elle. Mais Mariangela n’en continuait pas moins sa charité, les traitant avec la même tendresse maternelle avec laquelle elle traitait les petits orphelins de sa famille qu’elle élevait. Elle secourait les veuves et les orphelins et visitait les malades dans les hôpitaux et à leur domicile.

Pour les prisonniers de sa ville, Mariangela obtint des autorités un traitement plus humain et plus chrétien, en leur procurant la célébration de la messe, les jours de fête. Pour cela, elle prit à sa charge d’acheter le calice et tout le nécessaire ; et pour que la célébration ne vienne pas à manquer pour des raisons matérielles, elle mit en place une fondation pour la célébration des messes à la prison.

Elle fonda deux associations de femmes engagées à prier et à offrir des sacrifices pour les âmes du purgatoire. Elle aida le P. Ricciotti, le directeur spirituel qui l’accompagnera désormais jusqu’à sa mort, à faire venir à Ronciglione les Pères Doctrinaires, qui prirent la direction de l’école de Grammaire et qui, ensuite, ouvrirent un collège pour des études supérieures.

Mariangela vivait depuis longtemps une existence spirituelle avec des expériences mystiques d’union avec le Seigneur, durant lesquelles elle recevait de nombreuses lumières et grâces, notamment le discernement des inspirations pour comprendre si elles venaient de Dieu ou non. Un jour, le Seigneur l’appela à se rendre pour l’adoration eucharistique dans l’église des Carmes ; c’est là que durant une extase, elle vit le Christ la prendre pour épouse.

Elle nourrissait toujours le désir de devenir moniale carmélite. Un jour, elle se rendit à l’ancien monastère de Sutri ; mais les carmélites refusèrent de l’accueillir chez elles à cause de l’insuffisance de ses ressources. En larmes, Mariangela s’en plaignit aux Crucifix de l’église du monastère. Celui-ci la consola, en lui disant : « Qu’un coin de ta maison te suffise comme cellule ! Ton monastère sera tout le peuple de Ronciglione ! » Elle aménagea alors dans sa maison une pièce avec des planches de bois, où elle passait ses nuits, s’adonnant à la prière et à la pénitence.

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Connaissant le prix de l’instruction, en 1706, elle fit venir à Ronciglione Rose Venerini de Viterbe, fondatrice de la Congrégation « Maestre Pie Venerini », (que Benoît XVI a canonisée en 2006), pour ouvrir la première école publique gratuite pour jeunes filles ; cette école existe encore aujourd’hui.

En 1713, suite à l’écroulement d’un mur, l’église qu’elle fréquentait fut fermée et elle dut se rendre pour la messe à la nouvelle église de Saint André.

Mariangela se rendit en pèlerinage à la maison de la Sainte Vierge à Lorette. Durant ce voyage, elle suscita une guérison miraculeuse, à propos de laquelle on écrira un livre en 1737. Elle fit restaurer des autels, des tableaux, des nappes d’autel et d’autres objets pour diverses églises de sa ville. Elle fit venir à Ronciglione les moniales de Sainte Claire qui ouvrirent un « Conservatoire » pour l’instruction et l’éducation des jeunes filles.

Mariangela traitait désormais avec des évêques et des théologiens, tout en continuant à recevoir les plus humbles qui accouraient vers elle des endroits de plus en plus reculés. Pour chacun, elle avait la parole qu’il fallait pour conseiller, pour réconforter, pour encourager à avancer sur le chemin de la sainteté. Elle obtint aussi pour ceux qui venaient la voir des grâces et parfois des miracles, notamment par l’intercession de la Sainte Vierge pour laquelle elle avait une dévotion particulière.

En 1727, Mariangela annonça que les filles de Sainte Thérèse d’Avila viendraient fonder un monastère à Ronciglione. Cette prophétie se réalisa un siècle après, exactement le 21 mai 1827.

En 1728, elle tomba malade et garda le lit jusqu’à sa mort. Cependant elle n’arrêta pas ses activités, se servant de personnes dévouées qui les accomplissaient pour elle. Elle continua à rendre service en assistant « en esprit » malades et moribonds.

Durant sa maladie, elle recevait beaucoup de visites ; nombreux étaient ceux qui demandaient ses conseils ou son intercession. Remarquable fut la visite de l’armée espagnole, en route vers Naples, qu’elle instruisit sur les devoirs chrétiens de la vie militaire, en exhortant chacun à être davantage respectueux de la vie et des biens des plus faibles et notamment de l’Eglise. A tous ceux qui venaient lui recommander de ne pas les oublier au ciel, mais de les secourir dans leurs nécessités, Mariangela promit de poursuivre avec plus de perfection ce qu’elle avait toujours fait sur terre : aider son prochain.

Mariangela mourut le 10 novembre 1734. Durant trois jours, sa dépouille fut exposée dans l’église des Carmes Sainte Marie du Peuple, après que la foule en eut enfoncé les portes pour voir et toucher le corps de la « sainte ». Elle fut ensevelie revêtue de son habit de tertiaire carmélitaine avec une couronne de fleurs sur la tête, un lis blanc à la main et une petite croix de bois sur la poitrine.

Sur la tombe de la servante de Dieu, on fit graver les paroles suivantes : « A Mariangela Virgili, tertiaire carmélitaine de Ronciglione, ici ensevelie, les pauvres, les orphelins, les veuves posèrent cette stèle en souvenir de leur très charitable mère. Elle vécut 74 ans, mourut le 10 novembre 1734.

En 1778, commença le procès de béatification de la tertiaire carmélitaine, qui dura fort longtemps à cause de plusieurs problèmes, notamment des troubles qui survinrent après la Révolution française aussi bien dans la vie de l’Eglise que dans la société. Mais pour Ronciglione il n’y avait aucun doute quant à la sainteté de Mariangela, et c’est ainsi que ses concitoyens commencèrent à la vénérer comme sainte, en obtenant de son intercession de nombreuses grâces et miracles. Témoignage de ce culte, la petite cellule où elle priait, devint un lieu de prière et de grâce.

Cela fut une erreur, car c’était contraire à la discipline de l’Eglise en matière de culte de saints établi par le Pape Urbain VIII. Lorsque le calme revint dans la vie de l’Eglise, la cause de Mariangela fut présentée à nouveau, mais bloquée par un veto du saint Office. Cependant, la dévotion de Ronciglione ne pouvait pas l’accepter. Le 6 décembre 1922, on exhuma les restes de la servante de Dieu qui fut transportée de l’église désormais abandonnée par les Carmes, à l’église cathédrale dans la chapelle du Christ mort.

Après de nombreuses initiatives, la communauté chrétienne de Ronciglione obtint enfin la levée du veto et la reprise de la cause de béatification, grâce à la bienveillance paternelle de Jean Paul II, qui l’accorda pour l’anniversaire de la mort de la servante de Dieu, le 10 novembre 1993.

Le 10 novembre 1999, une nouvelle tombe fut érigée dans la cathédrale, fruit du travail des artistes et des sculpteurs de la ville de Ronciglione qui voulaient ainsi témoigner de leur gratitude pour cette humble fille qui s’était tant dépensée pour sa ville.

Illettrée, Mariangela Virgili n’a rien écrit, mais ses confesseurs nous ont transmis quelques traits de sa spiritualité. Nous invitons à lire ce que le Père Redemptus Valabek à écrit à propos de sa prière dans le livre La prière au Carmel, du P. Redemptus Valabek, éditions Parole et Silence, 2009, aux pages 183-190, en particulier sa belle méditation sur le Credo.

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Lien avec le site de l'Association sur Mariangela Virgili : www.mariangelavirgili.it