Clarice Turelli (1710-1733), Tertiaire carmélitaine

Clarice Turelli naquit à Paliano, alors territoire des Etats pontificaux, aujourd’hui dans la province de Frosinone, le 16 février 1710 ; au baptême, elle reçut les prénoms de Sainte, Clélie et Théodore, mais habituellement on l’appela Clarice.

Le père, Jean-Baptiste et la mère, Catherine étaient des paysans qui gagnaient leur pain quotidien à la sueur de leur front. Dieu bénit leur union avec le don de neuf enfants : cinq garçons et quatre filles. Jean-Baptiste et Catherine s’aimèrent tendrement, et malgré leur pauvreté, se soucièrent de donner à leurs enfants une saine éducation religieuse.

Dès son jeune âge, Clarice manifesta une attirance particulière pour la solitude et la prière. Dès que sa mère et ses sœurs plus âgées sortaient pour le travail et qu’elle restait seule à la maison, elle se retirait dans une pièce et s’adonnait avec bonheur à son occupation préférée : la prière.

Les sentiments qui habitaient le cœur de cette petite fille nous sont suggérés par le témoignage d’une dame de sa ville qui la trouva un jour tout en larmes devant une image du Sauveur exposée dans l’église paroissiale. Pensant qu’elle était troublée par quelque problème d’enfant et voulant la réconforter, elle lui demanda la raison de ses larmes. La dame fut bien étonnée de l’entendre dire qu’elle pleurait ses péchés !

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Son dernier directeur spirituel, le frère capucin, P. François de Ceccano, soulèva un peu le voile sur cette période de la vie de Clarice, en nous révélant ce que la jeune fille, à sa demande, lui avait confessé sa manière de vivre depuis son enfance.

Clarice avait suivi la voie dans laquelle le Seigneur s’était plu à la conduire. Son premier confesseur ne lui avait jamais prescrit de pénitences particulières en dehors de celles qu’on donne habituellement dans le sacrement de pénitence.

Elle aimait contempler le Mystère de la Passion de Jésus et notamment la soif de Jésus sur la croix. C’est pour cette raison qu’elle souffrait de la soif durant le jour, s’étant imposée de ne boire qu’une seule fois durant la journée de l’eau pure ou du vinaigre, pour ressembler davantage à son Rédempteur.

Ses pénitences consistaient surtout en des jeûnes, pour recevoir le pardon de ses péchés et pour plaire davantage à Dieu. Elle s’efforçait de supporter avec patience la pauvreté, la maladie et tous les maux semblables, que le Seigneur mettait sur son chemin. Elle invoquait souvent l’aide des saints, en premier lieu de la Sainte Vierge, puis de saint Joseph et de saint Michel Archange.

Depuis son enfance, elle avait voué au Seigneur sa virginité et le suppliait souvent en disant : « Seigneur, servez-vous de ce torchon (c’est ainsi qu’elle s’appelait par humilité) ; que ma virginité et mon cœur vous soient agréables, car je n’ai rien d’autre à vous offrir. »

Vers l’âge de 10 ans, elle perdit sa mère. Elle supporta cette épreuve avec un grand abandon à la volonté de Dieu. Mais cette perte l’obligea à quitter sa retraite dans sa maison et à se rendre avec les autres frères et sœurs à la campagne pour gagner le pain quotidien.

Elle prit part à la fatigue commune, mais ce qui la faisait souffrir, c’était surtout le climat de dissipation et les péchés que ses compagnons de labeur commettaient. Lorsqu’elle le pouvait, elle s’éloignait de leur compagnie pour s’adonner à la prière.

Elle endura les peines de ce genre de vie jusqu’à l’âge de dix-huit ans. C’est à cette époque que ses frères lui permirent de quitter ce milieu qui devenait de plus en plus dangereuse pour son innocence et pour la vie d’union à laquelle elle se sentait appelée, pour s’occuper de la maison. Elle retrouva ainsi le silence et la possibilité de s’entretenir dans le calme avec son Dieu.

Une autre rude épreuve l’attendait : la perte de son père. Mais elle ne perdit pas confiance. Elle disait souvent que si elle avait perdu un père et une mère sur terre, elle avait retrouvé un père et une mère au ciel, ayant Jésus pour père et Marie pour mère.

Elle redoubla alors ses oraisons pour ses frères et sœurs afin qu’ils restent fidèles à l’enseignement chrétien reçu de leurs parents. Parfois, elle les invitait aussi par ses paroles à se garder du péché, et à donner davantage de temps à la prière.

Elle tenait de tels propos aux personnes qu’elle fréquentait. Elle disait souvent à ses jeunes compagnes : « Mes sœurs, aimez Dieu, soyez toutes à Dieu ! Ne mettez pas votre amour dans aucune créature de ce monde, car à la fin il ne s’agit que d’un masque d’argile. Ah ! que Dieu aime les prières des vierges ! Aimez Dieu seul. Que voulez-vous en faire des créatures qui ne sont qu’un tas de boue ? Mes sœurs, de Dieu seul dépend votre bien ! »

Elle parvint à l’âge de 22 ans, lorsque le Seigneur, voulant l’élever à une plus grande perfection, lui envoya un nouveau directeur spirituel, et c’est bien la main du Seigneur qu’il faut reconnaître dans cet événement. Le Père Francesco de Ceccano, capucin, habitait en 1732, dans le couvent de Ronciglione. Or un jour, sans aucune demande de sa part, ni connaissance de ce projet, les Supérieurs le destinèrent au couvent de Paliano, pour le service des confessions.

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Il fut fortement ébranlé par cette décision inattendue. Cependant, malgré le grand trouble dans lequel il se trouvait, il se décida à l’obéissance. Avant de quitter Ronciglione, il voulut rendre visite à Mariangela Virgili, une tertiaire carmélitaine qui vivait dans cette ville et qui jouissait d’une renommée de sainteté pour lui faire part de l’obédience et de l’état de son cœur. Intérieurement éclairée d’un esprit prophétique, elle lui dit : « Père, allez joyeusement à Paliano, car Dieu vous y a préparé une âme à conduire ; elle sera d’une grande aide pour votre esprit. »  

Le bon Père ne tarda pas longtemps à reconnaître en Clarice l’âme dont lui avait parlé la tertiaire de Ronciglione, et à en tirer un grand avantage spirituel, en considérant sa grande innocence et son zèle à faire pénitence des plus petites fautes qu’elle pouvait commettre.

Le Père ne manqua pas de l’éprouver de bien de manières, mais Clarice fut toujours d’une extrême sincérité et d’une grande humilité, sans rien cacher de la grâce de Dieu qui agissait en elle.

Sous la prudente conduite du Père capucin, elle fit de grands progrès dans la vie d’union avec Dieu et dans la pratique des vertus, notamment de l’obéissance. Le Seigneur voulut confirmer la sainteté de sa servante par des faits miraculeux. En voici deux.

Un jour, le Père confesseur s’était blessé à un pied dans le jardin de son couvent. La plaie était petite à l’origine, mais elle commença à enfler et à le gêner de telle sorte qu’il ne pouvait plus poser le pied par terre sans douleur. Il avait utilisé tous les remèdes connus, mais le mal empirait.

La servante de Dieu, durant la confession, lui dit que s’il le voulait bien, elle prierait Dieu afin qu’il le guérisse pour mieux servir les âmes. Mais le confesseur ne le lui permit pas ; cependant il ajouta que s’il en avait besoin, il lui demanderait la charité de le recommander au Seigneur.

Après quelques jours, devant faire un voyage d’importance à Palestrina, et la jambe ayant empiré dangereusement, quand il rencontra la servante de Dieu, le bon Capucin lui demanda enfin de prier le Seigneur, afin qu’il le guérisse, car il avait besoin de sa jambe en bon état pour son voyage.

La servante de Dieu obéit promptement à la demande du confesseur, et ses prières furent si efficaces que, dès que celui-ci se leva de son confessionnal, il se sentit bien aussitôt, et découvrit que la plaie du pied s’était refermée ; le lendemain, la peau était parfaitement saine, et le Père put ainsi faire son voyage, comme s’il n’avait jamais rien eu au pied.

Une autre fois, monsieur Capitano de Paliano était tourmenté par une forte fièvre et nombreuses douleurs. Ayant constaté que les remèdes des hommes étaient inefficaces, il supplia le confesseur de demander à la servante de Dieu, qu’il estimait beaucoup, de prier pour sa guérison. Le confesseur lui promit de le faire. Après sa visite, il fit dire à sa pénitente de prier Dieu pour la santé de ce monsieur. Elle le fit sans délai.

Le lendemain, elle fut se confesser. « Père, dit-elle, hier vous m’avez demandé de prier pour la santé de Monsieur Capitano ; sachez donc qu’il est guéri. » Le confesseur en fut étonné et lui demanda d’où elle le savait. « Je le sais, lui répondit la fille, parce que cette nuit, vers sept heures, alors que j’étais en prière, la Sainte Vierge m’a intérieurement assurée qu’elle l’avait déjà guéri. »

La curiosité du confesseur lui fit expédier rapidement les confessions pour se rendre à la maison du malade. Il le trouva en effet assis sur son lit, sans fièvre et sans douleurs ; tout joyeux, monsieur Capitano s’écria : « Père, je suis guéri. Les prières de la servante de Dieu m’ont guéri. »

Notre jeune fille brûlait du désir de se donner davantage au Seigneur. Elle eut diverses visions de saints carmélitains qui s’offraient de devenir ses protecteurs, notamment saint Simon Stock.

Un jour, au cours de son oraison, elle vit paraître devant ses yeux la Sainte Vierge accompagnée des saints Carmes : Albert, Ange et Simon. La Vierge lui donna un habit blanc qu’elle tenait en ses mains et lui dit : « Prends, ma fille, revêts-toi de mon habit carmélitain. » Après un moment d’étonnement et de confusion à cause de son indignité, Clarice répondit : « Mère très Sainte, servez-vous de ce torchon, à votre gré. »

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Cette vision imprima en son cœur un ardent désir de revêtir l’habit carmélitain. Mais le confesseur hésitait, il voulait encore réfléchir avant de le lui accorder.

La fête de l’Immaculée approchant, notre servante de Dieu se confessa pour mieux honorer la Mère de Dieu. Ce jour-là, le confesseur, inspiré par Dieu, lui donna comme pénitence de se rendre devant le Saint Sacrement et de dire ces paroles précises : « Seigneur, que voulez-vous de mon confesseur ? » Cette fille fit ce que le Père lui avait demandé et quelques instants plus tard, elle revint avec la réponse : « Père, le Seigneur a dit à mon cœur qu’il me veut moi-même. »

Le confesseur fut étonné de cette réponse et la reprit rudement : « Je vous ai dit de demander à Jésus ce qu’il veut de moi et non de vous : allez et faites l’obéissance. » Clarice fut une seconde fois devant le Saint Sacrement, et peu après, elle allait en rendre compte. « Père, dit-elle, Jésus Christ m’a répondu, qu’il me veut moi-même. » Le Père fut encore plus étonné et un peu affligé par cette réponse, comme si Dieu ne daignait pas lui répondre.

Alors, non sans quelque crainte, il envoya sa pénitente accomplir la même démarche une troisième fois. Elle entendit Jésus lui dire : « Ma fille, je veux toi, ton cœur, et je veux que tu revêtes l’habit carmélitain ; ce que je veux de ton confesseur, il le sait déjà. »

A ces paroles, le confesseur entra dans une grande confusion, reconnaissant en son cœur combien d’inspirations il avait reçu du Seigneur sans s’être engagé à y répondre. Il comprit en même temps que la volonté de Dieu concernant cette fille était un engagement dans la vie carmélitaine.

Il fut saisi de contrition à la pensée de ses péchés, et entendit au fond de lui-même une voix qui lui sembla être celle de la Sainte Vierge qui lui disait : « Allez chez une telle (elle fit le nom d’une noble dame de Paliano) et dites-lui de ma part qu’elle assure la dépense nécessaire pour l’habit de ma servante, pour l’habiller en carmélite, car telle est la volonté de mon divin Fils. »

Le lendemain, il se rendit à la maison de la dame indiquée par la Vierge, qui ne fit aucune difficulté à faire ce qu’on lui demandait. Le Père confesseur se rendit à Palestrina, pour régler la prise d’habit avec le Supérieur des Carmes, le P. Eugenio Ghisi. Celui-ci se montra bien disposé et s’offrit d’écrire au Prieur général, le Père Ludovico Benzoni, pour en obtenir la permission, qui ne tarda pas. La voie était donc libre. Ce fut son directeur qui la prépara à recevoir le saint habit de l’Ordre du Carmel, en l’instruisant des obligations annexes.

Accompagnée de ses frères et de quelques dames pieuses de Paliano, elle se rendit donc à Palestrina, au couvent des Carmes. Toute remplie de joie, sans attendre que le Père lui posât des questions, elle lui déclara : « Père, je me donne toute à Dieu. Je lui donne mon âme, mon corps et toute moi-même. » Le Père lui répondit de bien réfléchir à la démarche qu’elle allait accomplir et surtout aux engagements qu’elle allait contracter avec le Seigneur. Clarice répondit : « Père, j’ai fait déjà les trois vœux dans les mains de mon père spirituel, et demain j’espère les renouveler. »

« Cela ne suffit pas, répliqua le Père carme, il faut que vous renonciez parfaitement à vous-même pour vous sanctifier. » La servante de Dieu répondit humblement qu’elle avait déjà tout quitté ; qu’il lui suffisait que la Sainte Vierge la prenne pour fille, car de son côté elle était disposée à tout faire pour être digne de porter ce saint habit.

Le Père Ghisi l’admit alors dans le Tiers-Ordre et lui imposa le prénom de Sœur Angéla Victoire ; cela se passa le 24 décembre 1732. La joie de la servante de Dieu d’être revêtue de l’habit de la Sainte Vierge fut immense et de même sa ferveur à se consacrer toute à Dieu. A ses propres frères, elle disait : « J’ai renoncé à tout, et par conséquence j’ai renoncé aux frères et aux sœurs, aux parents et aux amis, néanmoins je vous aime comme sœurs et frères spirituels, comme j’aime les autres personnes qui ne me sont rien. »

La voyant désormais vivre pleinement sa vie d’âme consacrée à Dieu, un ancien Père capucin s’écria un jour : « Si cette âme ne va pas au paradis, je crains que personne n’y aille, car elle est une vraie sainte. »

Voulant vivre avec une entière fidélité les engagements pris, elle demanda au Père confesseur de lui permettre de quitter sa maison paternelle, ses frères et ses sœurs, pour se faire recevoir comme une pauvre mendiante. Une dame accepta de l’accueillir par amour de Dieu et Sœur Angéla quitta donc sa maison, vivant humblement dans sa nouvelle résidence et rendant les services les plus humbles qu’on pouvait lui demander.

Naturellement le démon ne pouvait pas laisser tranquille une âme qui, par sa prière et sa vie de pénitence, lui arrachait tant d’âmes. Il essayait de la détourner de l’oraison en faisant grand tapage et en causant de la frayeur. Cette âme simple s’en ouvrit à son directeur qui lui découvrit les ruses du tentateur, et l’invita, en ces occasions, à invoquer avec confiance la Sainte Vierge. Ses prières ne furent pas vaines ; après un certain temps, notre tertiaire retrouvait la paix et le silence.

Mais une vie de rudes pénitences comme la sienne, de jeûnes et de privations de toute sorte, ne pouvait rester sans conséquences sur un  corps si mal soigné. Elle fut donc une proie facile de la maladie, une forme d’hydropisie, qui l’emporta rapidement. Elle cacha son état autant qu’elle le put, pour n’être à la charge de personne, et pouvoir offrir en secret ses souffrances à son Seigneur. Mais son frêle corps n’allait pas résister longtemps.

Le jour de Pâques de 1733, elle se rendit péniblement à l’église des Capucins pour faire ses dévotions et pour prévenir son confesseur de son état et de sa mort prochaine, en lui demandant la charité de venir la confesser à la maison. Le confesseur fut étonné par cette annonce et resta plutôt incrédule ; cependant, par précaution, il lui ordonna de ne plus jeûner encore, de prendre tous les remèdes que les médecins lui prescriraient, et de rentrer chez elle.

Quittant le couvent des Capucins, Sœur Angéla ne revint donc plus à la maison de son hôte charitable, mais chez ses Sœurs, leur demandant de l’accueillir comme une mendiante. Elle fut obligée de rester au lit ; sa poitrine et son cou enflèrent prodigieusement, et la faisaient souffrir énormément. Tous les soins pour améliorer son état furent inutiles.

Le dimanche in albis, le confesseur vint la visiter ; elle demanda les derniers sacrements et renouvela ses vœux. Le confesseur, voulant la réconforter, lui disait qu’elle ne serait pas morte de sitôt. « O Père, laissez-moi aller, lui répondit-elle, Dieu m’appelle : cette nuit je vais mourir, donnez-moi votre bénédiction. »

La nuit fut très douloureuse pour la servante de Dieu. A un certain moment d’extrême désolation, elle s’écria : « Mère très Sainte, aidez-moi ! » et s’abandonna dans le bras d’une jeune fille qui l’assistait. Le prêtre qui était là, invita les présents à réciter le Credo. Aux paroles « il souffrit sous Ponce Pilate », Sœur Angéla leva les yeux vers le ciel et s’affaissa ensuite entre les bras de la jeune fille qui la servait, s’endormant paisiblement dans le Seigneur ; c’était le 12 avril 1733, elle n’avait que 23 ans.

Elle fut alors revêtue des habits de tertiaire carmélitaine, et une foule nombreuse vint vénérer les dépouilles de la servante de Dieu, surtout des jeunes filles sur lesquelles Sœur Angéla avait exercé une certaine influence spirituelle. Celles-ci décidèrent d’accompagner le corps de la servante de Dieu à l’église pour les funérailles, disposant dans le cortège quatre petites filles devant avec des chandeliers, suivies de six jeunes portant des torches, et de six autres qui devaient porter la bière sur leurs épaules.

Le chapitre de Paliano, dès qu’il arriva, s’efforça d’empêcher ce cortège, le considérant contraire au rite des funérailles. Mais les jeunes filles furent si résolues à ne céder à personne cet honneur que les prêtres, pour éviter des désordres plus graves, laissèrent le cortège s’organiser comme elles l’avaient préparé.

Durant les funérailles, on constata que le corps de Sœur Angéla avait désenflé, son visage avait retrouvé sa beauté et ses membres une flexibilité si extraordinaire, que le médecin fut appelé pour le constater.

On voulut l’ensevelir dans l’église et la réponse du chapitre de Palestrina qui devait en décider tardant à venir, son corps passa la nuit dans l’église, veillé par les membres de sa famille.

Pendant ce temps, il se passa un fait remarquable arrivé à un épicier de Paliano, Nicolas Boccucci. Il avait été comme la plupart de ces concitoyens aux funérailles de la servante de Dieu et avait réussi à faire toucher une rose par la bouche de la défunte.

Revenu à son épicerie, il était tout joyeux pour sa rose qui avait effleuré la servante de Dieu. Voici qu’arrive son enfant Ludovico, qui tout tremblant lui dit : « Vite, Père, à la maison, car Camille est morte : elle est tombée dans la cuve d’eau. »

A ces paroles, notre épicier invoqua la défunte en disant : « O Sœur Angéla ! Je vous la recommande, sauvez-la. » Il se porta précipitamment à la maison, où il trouva sa fille de trois ans et demi presque morte, il lui appliqua la rose sur le front et la bouche, et la petite fut vite guérie. Elle s’endormit un peu. A son réveil, elle demanda qu’on l’habille et qu’on la conduise à l’église où se trouvait encore exposé le corps de la servante de Dieu. Il y publia la grâce reçue : « Elle a sauvé ma fille. »

Le lendemain, lorsqu’arriva l’autorisation, le corps de Sœur Angéla fut enseveli dans l’église paroissiale, près de l’autel de Notre Dame du Mont Carmel, du côté de l’épître.

Le Seigneur daigna opérer beaucoup de miracles par l’intercession de la servante de Dieu. Ses concitoyens gardèrent longtemps le souvenir de ses grandes vertus et du don de prophétie dont elle avait fait preuve à diverses occasions.

L’humble paysanne de Paliano, malgré les nombreux témoignages recueillis après sa mort et qui devaient préparer son procès de béatification, demeure cachée dans le cœur de Dieu, avec une multitude de frères et sœurs dans la foi qu’il nous sera donné de contempler lorsque les ombres de ce monde seront passées et que la réalité de l’éternité se dévoilera à nos yeux.