Wilhelmine Ronconi (1864-1936)

Ronconi

Au début du 20e siècle, en Italie, une des premières femmes à s’exprimer publiquement fut une tertiaire carmélitaine. Wilhelmine Ronconi suit à la fois s’engager fortement dans les problèmes sociaux de son temps et approfondir toujours plus sa quête spirituelle.

Oratrice à l’éloquence simple et claire, elle fut probablement la plus écoutée des femmes de son pays. Non contente d’inspirer les autres par ses paroles, elle s’efforçait d’incarner ses idées dans des projets concrets par ses très nombreuses initiatives.

Femme très cultivée, elle pouvait parler avec autorité sur des sujets très divers, comme la force de la famille et du pays, la réforme des prisons, la littérature et les arts italiens, la sociologie, l’économie, les problèmes agricoles. Elle disait elle-même qu’elle était toujours la première femme à poser les questions lors des congrès ou des associations.

Les thèmes de ses interventions - s’occuper des enfants, des détenus en prison ou de l’éducation des aveugles - avaient une dimension morale sous-jacente.

Parmi ses nombreuses activités, celle qu’elle considérait comme la plus importante et la base de tout était son “Oeuvre de vie morale” (mouvement pour une vie morale) par laquelle elle voulait réveiller chez ses compatriotes, hommes et femmes, la morale qui s’affaiblissait.

Face à nombre de commentateurs qui trouvèrent plusieurs de ses idées trop libérales, spécialement au début de sa carrière, elle resta profondément attachée à sa foi catholique, à l’Eglise et ses chefs, spécialement les papes, jusqu’à son dernier souffle.

Sa grande contribution fut le lien qu’elle apporta à ses compatriotes entre leurs principes religieux, spirituels et ecclésiaux et la solution de leurs problèmes civiques, économiques et sociaux.

 

I. Milieu familial

Née dans une famille de profession libérale, à Pesaro, dans les Marches, sur la côte Adriatique, Wilhelmine fut la dernière d’une famille de six enfants. On ne l’attendait pas.

En la mettant au monde, sa mère était dans un tel état de faiblesse que toute l’attention médicale fut donnée au nouveau-né, emmailloté dans un paquet et placé dans un endroit éloigné. Alors que l’état de la mère continuait à se dégrader, le bébé fut confié à une nourrice, Donna Camille, qui garda les enfants pendant trois ans.

Wilhelmine connut d’abord une vie pauvre et simple dans une ferme isolée.

Lorsqu’elle retourna chez elle, dans une société où régnaient les bonnes manières, Wilhelmine ne se sentit pas dans son élément. Genièvre, une de ses soeurs aînées, devint une seconde maman pour elle, en lui enseignant ses propres manières. Sa tante Angélique, qui vivait de l’autre côté de la rue, montra aussi beaucoup d’affection pour cette enfant et l’aida souvent dès l’école maternelle que Wilhelmine détestait cordialement.

Quand elle apprit enfin à lire - et ce ne fut pas difficile avec les trésors des livres classiques de la bibliothèque familiale - cela fut à voix haute près des domestiques de la famille avec lesquels elle se sentait plus à l’aise.

Deux de ces domestiques, Blaise et Catherine, ensemble, avec tante Angélique, emmenèrent Wilhelmine à l’église et lui firent donner les enseignements religieux, simples mais profondément ressentis.

Wilhelmine (ou Mina en plus court) sentit particulièrement la grâce quand elle était assignée à dormir dans la pièce contenant une “chasse” de Notre Dame du Sacré-Coeur.

Sa scolarité se fit avec des “Soeurs vénérables” à qui elle fut reconnaissante toute sa vie, spécialement pour l’enseignement religieux solide qu’elle reçut. Durant ses années d’école, elle fut témoin du départ de beaucoup de ses soeurs qui se marièrent, et aussi du décès d’autres membres de sa famille.

Lorsqu’elle eut 12 ans, elle perdit ses deux parents et se retrouva seule dans la maison familiale. Un tuteur lui fut assigné qui l’inscrivit dans la meilleure école de Pesaro, où sa personnalité se développa d’une manière qui fit d’elle l’élève la plus admirée. Son tuteur, qui était aussi maire de Pesaro, l’envoya ensuite à Rome poursuivre ses études.

Elle eut la chance d’avoir comme professeurs les meilleurs conférenciers de ce temps. Son application et son habileté furent bien récompensées en 1888 par un brillant doctorat, mais à ce moment, le patrimoine familial était pratiquement épuisé.

Pendant qu’elle cachait sa position précaire à ses soeurs qu’elle aimait visiter pendant les vacances, appréciant en particulier ses nièces, elle réalisa qu’elle devait trouver du travail. Elle opta pour un emploi de professeur et fut envoyée dans le nord, à Vercelli.

 

II. Educatrice

Elle souffrit du climat froid mais montra immédiatement son talent inné d’éducatrice. Elle avait quelque chose d’extraordinaire qui faisait d’elle un professeur excellent et apprécié - ses étudiants en furent les témoins les plus enthousiastes.

Ses talents l’amenèrent à participer à la rédaction d’articles dans des magazines. Elle écrivit aussi des poèmes dont certains furent traduits. Un de ses premiers recueils eut pour sujet sa Pesaro natale où elle fut la première femme invitée à donner une conférence lors d’une série de lectures sur le poète Torquato Tasso.

Elle défendit les causes de la femme. Aussi anachronique que cela puisse paraître à notre sens actuel, on peut l’appeler une féministe. Il semble que son engagement inlassable dans différentes voies et à beaucoup d’endroits fut la raison pour laquelle elle ne se maria jamais.

Les propositions furent nombreuses, mais aucune d’entre elles ne se concrétisa. Rétrospectivement, il est facile de dire que Wilhelmine était très occupée, entraînée personnellement sur de nombreux fronts qui excluaient une vie de famille demandant une existence plus sédentaire.

Peut-être se rappelait-elle ses parents âgés qui avaient dû laisser son éducation reposer largement sur les autres; ce qui guida sans doute son choix de vie de célibataire. Avec le temps, elle dut réaliser qu’elle avait fait le bon choix.

Sa santé se détériora, spécialement lorsqu’une tumeur sérieuse fut mal diagnostiquée. Heureusement, Wilhelmine put recevoir les meilleurs soins procurés en Italie par les plus prestigieux médecins qui lui redonnèrent une relative bonne santé. Elle passa son temps de convalescence avec sa soeur qui vivait dans le climat plus tempéré de Naples.

En 1902, elle put obtenir son transfert à Florence où elle remplaça une directrice d’école. C’est là que naquit son intérêt pour la cécité. Un jeune aveugle vint s’inscrire à l’école; Wilhelmine fit tout ce qu’elle put pour l’accepter et l’intégrer. Le succès de cette expérience l’amena à une étude plus approfondie de la non voyance chez les adultes et chez les enfants. Des années plus tard, elle écrivit un livre à ce sujet.

Deux ans plus tard, elle put obtenir son transfert à Rome. Sous ce climat plus tempéré, sa santé s’améliora et elle put donner le meilleur d’elle-même dans l’école Vittorio Colonna, près de la Basilique Sainte Marie des Anges.

Ses qualités uniques d’éducatrice laissèrent un souvenir indélébile dans la mémoire de beaucoup de ses étudiants. L’un d’eux affirmait:“C’est une mère, une religieuse, un apôtre”. Sans être une psychologue professionnelle, elle était capable de pénétrer l’âme de ses étudiants et d’agir à leur égard selon leurs besoins individuels.

 

III. Des activités multiples

A Rome, Wilhelmine ne laissera passer aucune opportunité d’utiliser ses nombreux talents. Beaucoup demandaient sa collaboration ou ses conseils. Elle devint secrétaire nationale de la Société des Aveugles.

Elle se proposa aussi, première femme à le faire, pour donner gratuitement des cours aux soldats et fut sélectionnée. Elle choisit de leur enseigner l’Histoire et la Géographie afin de réveiller chez ses jeunes recrues l’amour de leur pays.

Elle ne fut jamais membre d’un parti politique, mais était très attachée à son Italie chérie. Son poème sur la mer Adriatique déplut tellement au gouvernement autrichien qu’il l’interdit. Wilhelmine en tira une juste fierté.

Elle fut nommée présidente de la “Société Générale des Travailleurs” dont la présidente d’honneur n’était rien de moins que la reine d’Italie. Quand son grand âge l’obligea à cesser nombre de ses activités, la reine voulut rester présidente d’honneur de la Société aussi longtemps que Wilhelmine Ronconi en serait présidente effective.

Elle collabora aussi à beaucoup d’organisations pour la divulgation de la culture auprès du grand public comme la “Société d’Archéologie” et à l’”Union de l’Histoire et de l’Art”. Elle était particulièrement appréciée dans les conférences qu’elle donnait sur le “juste parler”, le “bien parler”, le “bien préparer”.

Dans une société sans radio ni télévision, l’éloquente oratrice avait une assistance attentive. Wilhelmine trouvait toujours le mot juste pour élever, éclairer, consoler, encourager, mener, convaincre...

Elle fut appelée au “Conseil national de la femme italienne”, au sein duquel elle s’occupa du secteur social et moral. Son approche lui permit de découvrir les nombreuses potentialités de ses interlocuteurs et de les appeler à l’action.

 

IV. Renouveau moral

Elle réserva la meilleure part d’elle -même pour son propre “Mouvement pour une vie morale”. Par ses contacts assidus avec des gens de toutes les classes sociales, des habitants des quartiers sordides à l’aristocratie, elle avait été frappée par le nombre de femmes dans l’ignorance, souffrant d’injustices sociales.

Son mouvement fut un vaste effort d’éducation des classes pauvres, avec une série de propositions méthodiques et multiformes pour rehausser leur niveau de vie, sorte de soins d’urgence : conseil et aide pour remplir différents papiers administratifs, aide financière ponctuelle, instructions sur l’éducation des enfants et aide à la maison.

Wilhelmine vit que ce type d’instruction pouvait élever le niveau de vie élémentaire. Elle montrait à chaque femme qu’elle était le coeur de la famille; elle utilisait pour cela tous les moyens mis à sa disposition, aidant toutes les initiatives intéressantes des écoles en faveur des enfants. Elle n’appliquait pas des théories mais faisait émerger du silence les personnes, surtout celles qui vivaient en marge de la société.

Elle apprit à les écouter, à découvrir la profondeur de leur coeur. Plus elle observait, plus elle était convaincue qu’elle était sur la bonne voie. Certes, elle rejoignit plus tard le “Mouvement de l’Action catholique” soutenu par l’Eglise; mais surtout, elle mettait l’action catholique en pratique, même quand elle collaborait avec des personnes d’autres mouvements religieux.

Quelques exemples de ses interventions? “Le dimanche après le dîner”, “Entre belle-mère et belle-fille”, “Savon, eau et balai”, “Femme qui rit et femme qui pleure”. Elle utilise beaucoup d’exemples pratiques de la vie contemporaine. Les femmes reconnaissantes faisaient venir leurs enfants et leurs maris pour l’écouter.

Une fois, ils furent si nombreux qu’elle ne put sortir car ils lui demandaient de répéter la causerie et disaient:“Mlle Ronconi, pourquoi ne prêchez-vous pas dans une église? Il y a de la place et vous pourriez toucher un millier de personnes.” Une jeune femme, en riant, dit un soir à son amie:“Regarde comme je deviens vieille: je pensais que j’étais dans une église, quand je suis sortie, j’ai fait mon signe de croix.”

Son talent s’étendait aux enfants: elle pouvait leur parler pendant une heure et demie et maintenir leur attention en les amusant et en leur donnant un précieux enseignement.

Wilhelmine fut pour l’Italie une représentante de valeur dans plusieurs congrès internationaux où elle fit de nombreuses interventions.

En 1910, elle s’occupa activement de l’organisation et du déroulement du 1er congrès international sur le mauvais langage, le blasphème et la pornographie. Il en fut de même pour d’autres premiers congrès internationaux sur la malvoyance, la librairie populaire, et pour le 1er congrès national de la femme italienne.

 

V. L’apostolat des prisons

Le ministre de l’Intérieur et de l’Instruction Publique lui demandèrent d’appliquer son inégalable approche humaine et chrétienne à l’apostolat des prisons. Ce qui aurait été une tâche à temps plein pour n’importe qui d’autre, Wilhelmine le fit en apportant ses principes de réforme aux prisons de chaque type: pour hommes et femmes, pénales ou judiciaires, maisons d’arrêt ou prisons pour criminels condamnés.

Attentive à la psychologie des prisonniers, Wilhelmine ne chercha pas seulement à améliorer les conditions physiques misérables dans lesquelles elle les trouva, elle fut aussi capable de se mettre à la portée de leurs profondeurs spirituelles. Elle en connut les pires conditions et fut capable de tenir de discours qui avaient du sens pour eux.

Elle devint une des figures les plus populaires des prisons. Un prisonnier commenta:“Quand elle parle, il semble que nous soyons de nouveau libres”. Un religieux dit de ses visites:“Quand Mlle Ronconi entrait, la prison n’était plus une prison”.

Son travail en prison ne se fit pas facilement. Plus tard, elle confessa qu’elle n’était pas sûre d’être capable de faire oeuvre utile pour les prisonnières souffrantes et malades. Elle s’interrogeait sur sa communication avec ces femmes, mais voyait qu’elles avaient encore plus besoin d’elle que les pauvres et les dépravés de Rome.

Lors de ses fréquentes visites, elle apportait des journaux, des livres et des sucreries. En partant, submergée par la misère et l’abandon des prisonniers, elle emportait une liste de tâches à accomplir: situations à démêler, lettres à écrire ou à porter, recommandations à donner.

Dans la période pré-fasciste, aucun effort ne fut fait pour les réintégrer dans la société. Les fascistes, plutôt que de suivre ses conseils de réforme, lui retirèrent ce travail dans les prisons. Il lui fut interdit de visiter la prison des Mantellate à Rome et elle fut refoulée lors de visites d’autres prisons.

Plus tard, elle fut admise à y enseigner par le Ministère de l’Education. Elle ne put faire plus; mais avant de mourir, elle demanda à sa filleule, Lena Pennesi, d’utiliser l’argent qu’elle avait mis de côté pour ouvrir une maison destinée aux femmes qui, sorties de prison, ne savaient pas où aller. Sa plus fidèle disciple réalisa son dernier désir et s’établit juste à côté de cette maison.

 

VI. Des mots à l’action

Wilhelmine était appréciée parce qu’elle ne se contentait pas de parler, elle agissait. Prenons juste un exemple: elle constata que plusieurs femmes prisonnières avaient leur bébé ou leurs enfants avec elles. Aucune mesure n’avait été prise, les bébés dormaient sur la même planche que leur mère.

Un cas l’horrifia particulièrement: un jour, elle trouva un gamin livré à lui-même, sale et sans surveillance, sa mère ayant été assignée à quelque travail. Wilhelmine voulut confier l’enfant à une autre mère, mais cette prisonnière refusa d’aider l’enfant abandonné.

Elle prit l’initiative de trouver des berceaux et des accessoires pour les bébés et les jeunes enfants. Dans son zèle, elle recourut à la Reine en personne. La réponse ne se fit pas attendre: la prison reçut 12 berceaux; elle avait résolu un problème urgent.

Le gouvernement italien appréciait ses initiatives, spécialement son “Mouvement de vie morale”, l’étendue de ce qu’elle apportait en donnant des cours et le temps qu’elle consacrait à de nombreux projets. En 1912, elle fut nommée dans un comité qui surveillait les maisons de correction pour mineurs de Rome.

Comme chaque fois, elle prit cette tâche personnellement à coeur et visita les maisons de correction, convaincue que ce qui manquait le plus à ces jeunes, c’était l’intervention d’une mère. Elle créa l’“Action maternelle”, expliquant que c’était un groupe de femmes-mères qui s’efforceraient d’assister moralement, dans le sens noble du terme, les mineurs conduits en prison judiciaire ou internés dans des maisons de correction.

L’“Action maternelle”, par un discours clair, insistant et toujours aimant, entrait dans ces pauvres âmes privées de mère et s’efforçait, si possible, de réformer leur conscience en leur apportant ce qu’ils n’avaient jamais eu.

“On les persuade par des mots simples et sympas de la nécessité du travail qu’ils ont toujours cherché à fuir”. Ses mots étaient incisifs car les actions les accompagnaient.

Lors de calamités naturelles, Wilhelmine fit sur place ce qu’elle put pour soulager la souffrance humaine. En janvier 1913, Arezzano fut détruit par un tremblement de terre. Immédiatement sur les lieux avec la Croix Rouge, elle assista les blessés, chercha les morts et organisa l’aide matérielle et morale pour les survivants.

Durant la 1re guerre mondiale, elle se donna à la cause de son pays. Par ses discours inspirés, elle suscita l’amour de la Patrie. Elle fut assez persuasive avec plusieurs déserteurs de l’armée pour qu’ils retournent dans leurs rangs après l’avoir écoutée.

 

VII. Ecole de disciples

Elle voulut étendre son action et son apostolat, jugeant que cela serait bien si elles étaient plusieurs à répandre comme elle la bonne nouvelle. C’est l’origine de sa nouvelle initiative:“l’Ecole de la parole populaire”, un cours en deux ans, basé sur l’étude de l’environnement psycho-pédagogique et du discours en public.

Elle anima ainsi un groupe de jeunes femmes, mais elle manquait de temps pour satisfaire les requêtes du Ministère de l’information qui lui demandait de nombreuses conférences et réunions sur l’effort de guerre, et l’assignant dans des zones de guerre, Rome ou d’autres provinces.

Parmi ses étudiantes, elle rencontra une fille, Lina Pennesi, qui devint sa filleule, mais fut en réalité sa soeur et sa disciple. Lina avait été élevée sans référence religieuse, son père, professeur, la laissant libre de choisir lorsqu’elle serait adulte. Elle tomba sous le charme de Wilhelmine, lui demanda d’être sa marraine de baptême et de confirmation et fut amenée à continuer son oeuvre.

Après la guerre, deux domaines attirèrent en particulier l’attention de Wilhelmine. D’une part, elle adapta ses cours sur l’éloquence populaire au domaine de la santé, et donna durant de nombreuses années des cours gratuits en collaboration avec la Croix Rouge. Elle avait beaucoup appris de ses années de guerre et de ses innombrables visites dans les hôpitaux militaires et pour tuberculeux.

D’autre part, elle s’intéressa aux besoins des habitants des campagnes. Poussée par le Ministère de l’Agriculture, elle s’y consacra davantage au cours des dernières années d’après-guerre, apportant sa vision de la ferme, qui était habituellement négligée, se trouvant à la périphérie à la fois géographiquement et socialement. Elle se servit souvent des écoles d’agriculture pour une série de conférences ou de stages.

L’arrivée du fascisme centralisateur gêna fortement son apostolat. Sa situation financière était toujours très modeste et le gouvernement donnant de plus en plus de responsabilités à des groupes d’assistance, les moyens individuels de personnes comme Wilhelmine diminuèrent de façon dramatique.

Les centres du “Mouvement pour une vie morale” furent assignées dans des bureaux locaux ou de paroisses. Son travail dans les quartiers pauvres de la banlieue de Rome fut contrecarré. Comme il arrive souvent dans de tels cas, elle reçut plusieurs médailles d’or pour ses indéniables efforts en faveur de son pays, qui s’ajoutèrent à celles reçues précédemment.

 

VIII. Vie Spirituelle

Esprit noble, Wilhelmine accepta cette nouvelle voie comme une invitation à aller vers une vie spirituelle. En fait, depuis de années, elle avait essayé d’harmoniser ses principes de justice sociale et une vie spirituelle profonde; elle réalisa les deux.

Par nature, elle était pleinement présente à la réalité historique dans laquelle elle vivait. Ses mots et ses actions étaient une réponse ferme aux réels besoins d’une situation concrète.

C’était quelqu’un de profond, avec une rhétorique élevée; les gens étaient émerveillés de la trouver si pragmatique, occupée aux besoins quotidiens des gens ordinaires. De caractère tranquille, elle ne semblait point troublée. Les disputes philosophiques ne la concernaient pas, même si elle possédait une vaste culture, une philosophie de fond.

Elle s’accrochait aux simples vérités de la religion que lui avait inculquées sa famille et ses “Soeurs Vénérables” de ses premières années. Sa foi, aussi solide qu’elle fût, était simple. Grâce à cette fondation construite sur le Roc, elle n’était pas submergée par l’action sociale qui lui était confiée. Sa montée vers Dieu et son union avec Lui étaient le coeur de son activité et grandissaient avec son activité.

En 1922, elle devint tertiaire franciscaine, puis chef d’un groupe de laïcs franciscains. Personne ne fut surpris lorsqu’elle prit comme nom religieux celui de Bernardine, en l’honneur du grand saint franciscain prêcheur, saint Bernardin de Sienne.

En 1928, elle put, par un privilège du Pape, rejoindre le Tiers Ordre Carmélitain de Notre Dame de la Transpontine, rue de la Conciliation, menant directement à Saint-Pierre. Elle désirait cette affiliation à cause de son amour, tout au long de sa vie, pour Notre Dame qu’elle vénérait particulièrement sous le titre de Notre Dame du Mont Carmel.

En dépit de son agenda chargée, Wilhelmine fit tout pour être présente aux rencontres mensuelles des groupes de tertiaires et eut toujours la délicatesse d’avertir ses compagnes lorsqu’elle ne pouvait venir.

Depuis 1923, elle écrivait des livres spirituels. Le premier fut consacré au Coeur de Jésus et publié par la Presse du Vatican avec une préface enthousiaste du frère Alberto Grammatico, O. Carm., lui-même professeur et conférencier bien connu à Rome.

Ses livres révèlent une autre facette de sa personnalité profonde: sa vie de prière personnelle était un dialogue de personne à personne. Pour Wilhelmine, prier n’était pas un exercice formel mais un rendez-vous avec une personne aimée. Jésus, la Trinité, Notre Dame étaient pour elle des personnes vivantes avec lesquelles elle conversait manifestement aussi facilement qu’elle parlait aux foules enthousiastes.

Elle écoutait beaucoup et elle entendait ce que Jésus, la Trinité ou Notre Dame lui disaient. Son attitude contemplative - se laisser soi-même être refaite d’en haut - était la force qui soutint toute sa vie. Son écriture spirituelle est fortement affective, sublimant probablement le peu d’affection qu’elle avait reçue dans sa jeunesse de la part de ses parents âgés.

Toujours concrète, même dans ses dévotions, elle contribua beaucoup à un nouvel intérêt pour la dévotion au bon centurion, saint Longin. Elle oeuvra pour qu’une chapelle lui soit dédicacée dans Saint-Pierre, où se trouvait sa lance.

Elle usa de sa force de persuasion pour que ce soldat romain converti au christianisme soit le saint patron de l’armée italienne. Une autre dévotion personnelle fut celle de la Maison de Loreto où elle fit de nombreuses retraites et reçut de grandes grâces. En 1926, elle fut nommée Dame honoraire de la Maison de Loreto.

En 1928, elle visita des sanctuaires en France et, malgré sa situation financière, elle put en 1930 faire un pèlerinage en Terre Sainte. En dépit de la présence d’un évêque, de prêtres connus et de prédicateurs, elle fut choisie pour improviser une réponse à l’adresse de bienvenue de l’évêque de Jérusalem. Les personnes présentes se rappelèrent longtemps de cette longue conversation.

Au retour, elle tomba gravement malade et dut se coucher dans une certaine position. Pendant 8 mois, elle sembla aux portes de la mort. Elle reçut les derniers sacrements qui la laissèrent digne et sereine. Sa conversation ne perdit jamais de sa qualité.

Malgré tous les avis médicaux, elle reprit des forces et fut à nouveau capable de travailler pour Dieu et pour le Pape. “La mort la prendrait, si elle voulait, mais chaussures aux pieds”.

Elle fut appelée à Turin pour présenter une série de conférences pour une station de radio rurale. Dix conférences étaient prêtes, elle avait aussi l’intention de veiller à la publication d’un de ses nombreux livres religieux. Elle tomba malade et cette fois il n’y eut plus de remède.

Elle mourut sereine, accompagnée par tous ceux qui l’avaient connue et avaient bénéficié de ses efforts extraordinaires. Sa filleule, Lina Pennesi, était à ses côtés, en ce 22 mars 1936.