Annie Zelikova

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Annie est née le 19 juillet 1924 à Napajedla, en Moravie, partie orientale de la République Tchèque. Napajedla est situé non loin de Velehrad, lieux où les Apôtres, Saints Cyrille et Méthode ont implanté la foi dans l'âme Slave. C’était la première enfant chez les Zalois Zelik. Son père avait étudié le métier de charpentier, mais en fait il était devenu un petit fermier.

 

L'éducation religieuse d'Annie dans sa famille était normale; la plupart des objets artistiques qui décoraient la maison Zelik étaient religieux, la foi pratiquée, de style traditionnel. Les deux sanctuaires mariaux, rivés dans l'âme Moravienne: “Svaty Kopecek” (la Sainte Colline) près de Olomouce, et Svaty Hostyn, où les Moraviens, envahis par les Tartares au 13ème siècle, avaient été sauvés de l'extermination, faisaient partie des expériences religieuses des Zelik. Des pèlerinages dans les deux endroits, souvent à pied, étaient considérés comme choses normales.

 

Notre-Dame, Protectrice du peuple Moravien, dont l'image se trouvait dans les innombrables sanctuaires et maisons, était perçue et l'est encore jusqu'à ce jour, comme sa présence vivante parmi son peuple. La famille Zelik qui, en 1927, s'était agrandie par la naissance d'une autre petite fille, Marie, était «solidement catholique», mais sans complications. En fait, plus tard, Annie aura à souffrir quand ses parents ne comprendront pas son engagement d'amour profond envers Jésus.

 

Dès son jeune âge, Annie fit de la Messe quotidienne, le sommet de sa journée. Comme cela arrive souvent dans les milieux catholiques, les parents confièrent l'instruction religieuse de leurs enfants aux Religieuses, et en ce qui concerne Annie, aux Religieuses de la Sainte Croix, dont la maison et l'école étaient pratiquement dans l'arrière-cour des Zelik.

 

En fait, Annie ne se contentait pas des heures de classe avec les Sœurs; elle reçut tellement d'elles, spécialement de Sœur Ludmilla, qu'elle devint une habituée de leur communauté. Que les Sœurs surent faire apparaître le meilleur d'Annie est visible sur les diverses photos de classe qui ont été retrouvées. Sur chacune d'elles, Annie est clairement reconnaissable avec son visage large et lumineux, son sourire naturel et facile. En fait, les enseignements qui donnaient forme à la personnalité d'Annie qui se développait, étaient surtout religieux.

 

La première Communion d'Annie, précédée par sa Confession, fut un tournant dans sa vie. A partir du jour de sa première Communion, le 25 mai 1933, elle ne manqua jamais volontairement la Messe. Elle prit même des cours de latin afin de pouvoir mieux suivre les prières liturgiques. Son esprit naturellement artiste, était attiré par la beauté des rites de l'Eglise (sa matière préférée à l'école était l'art).

 

Mais ce qui eut un impact encore plus grand sur la jeune enfant de neuf ans, ce fut l'enseignement des Sœurs sur l'Eucharistie: Jésus est vraiment et personnellement présent. Cette réalité devint centrale durant tout le reste de sa vie. Les Sœurs de la Sainte Croix complétèrent le manque de formation spirituelle d'Annie à la maison; des prêtres l'aidèrent par leurs conseils, la prédication et la direction spirituelle. Trois livres, en particulier, firent une profonde impression sur Annie: l'Autobiographie de Sainte Thérèse, « Oui, Père » du Père Graf, et le « Voici Jésus » du Père Wickel.

 

Elle avait dix ans quand elle eut la permission de faire trois jours de récollection avec les Sœurs du voisinage. Voici l'idéal qu'elle précisait à cette occasion: « Je passais trois jours en compagnie du Bon Jésus. La saison de Noël qui approchait me poussait au sacrifice. Comme crèche je désirais préparer le plus de fleurs d'amour possible. Je commençais lentement à comprendre qu'il y a une autre sorte de vie que celle que nous voyons autour de nous. Une vie qui est grande, pure et sainte. Jusqu'à présent, j'aimais Jésus, mais maintenant mon désir grandit de faire quelque chose, de me sacrifier pour Lui. A l'école, j'allais souvent Le visiter et j'essayais de Lui donner le plus de joie possible. Tout cela était fait d'une manière cachée, pour que personne ne le sache; je ne le confiais à personne. Je pensais que je pourrais être volée de tout ce bonheur caché dans mon cœur.»

 

De la seconde retraite, elle écrit : «Mon amour était désireux de tout livrer, afin que je puisse être plus proche de Jésus. Mes désirs commencèrent à voler vers les cimes du Carmel où je percevais cette plus haute union avec Jésus. Je ne sais pas pourquoi je désirais le Carmel depuis mes années d'enfance, puisque je n'avais jamais connu de Carmel. Je ne connaissais que la Petite Thérèse de Lisieux, Carmélite, je l'aimais et je voulais imiter sa vie vertueuse. Mon amour grandissait. Je savais ce que le mot perfection signifiait. Tout en étudiant je restais unie à Jésus. Souvent j'étais surprise devant les notes que j'obtenais pour mon travail. Mais elles appartenaient réellement à Jésus - je faisais tout pour Lui. Je courais à Lui avec tout, même avec les choses les plus ordinaires.»

 

Un événement fit une profonde impression sur Annie: ce fut la première Messe du Père Joseph Zavidel dans sa paroisse. Le village entier était décoré et le nouvel ordonné était porté à sa communauté ecclésiale en procession. Ce 11 juillet 1937, Annie et sa sœur étaient dans la procession, revêtues de leurs habits blancs de Première Communion. La célébration laissa des traces profondes dans l'âme d'Annie durant tout le reste de l'été; elle et son amie Kveta dirent le chapelet dans l'église, pour les prêtres.

 

Le Jeudi Saint 1938, Annie ne put pas aller à la cérémonie à l'Eglise qui était plus longue que de coutume, car elle avait pris froid. On lui dit qu'elle pourrait visiter le Saint Sacrement exposé dans l'après-midi quand le temps serait plus doux. Comme elle était occupée aux travaux de la maison, quelqu'un vint à la porte. La mère d'Annie répondit; Annie ne fit pas attention à ce qui se disait, jusqu'au moment où elle entendit sa mère crier. Madame Zelik était en train de dire à la visiteuse: « Mais c'est un péché contre le Ciel et l'enfant; vous ne pouvez pas le tuer.» En fait, une parente avait fait un avortement. La réaction d'Annie fut radicale et résolue. Elle passa de longues heures devant Jésus dans l'Eglise.

 

Le Vendredi Saint après-midi, elle alla voir son amie et guide, Sœur Ludmilla. « J'ai un secret à partager avec vous » commença-t-elle. Et d'abord, elle parla d'un sacrifice qu'elle voulait faire après avoir lu la vie du jeune Guy de Fontgallant: elle voulait placer des cailloux dans ses chaussures afin d'offrir à Jésus ce sacrifice. La Sœur essaya de l'en dissuader, puis établit un compromis. Elle pensa que le problème était résolu. Mais quand Annie lui dit qu'elle n'avait pas encore dit son « secret », la religieuse, prudente, lui dit de voir un prêtre.

 

Annie insista: « Je voulais être apôtre, mais par la souffrance... J'étais très heureuse d'offrir de petits sacrifices... Comme le monde a été enrichi quand Jésus était pendu sur la Croix! Nous aussi nous pouvons donner beaucoup au monde si nous nous laissons clouer à la croix par Amour. Je voulais tout donner.

 

Quand cette année, avant la Semaine Sainte, la fièvre m'a atteinte avec de très hautes températures, que je toussais avec beaucoup de peine, j'ai supplié Jésus de me dire plus clairement ce qu'Il désirait de moi... Le Jeudi Saint je suppliais Jésus ardemment de me dire quelle sorte de sacrifices Il me demandait. Je désirais lui donner davantage. Ma demande restait sans réponse. Le Vendredi Saint j'étais de nouveau près de la tombe du Seigneur. Et de nouveau, je vis qu'Il y avait si peu de gens dans l'Eglise. Je pris conscience que les gens ne réagissent pas à l'immense Amour de Dieu, et que, par-dessus tout, de nombreux péchés sont commis.

 

De nouveau je suppliais Jésus de réparer pour tout cela, en moi, comme en sa propriété, qu'Il prenne mon corps, mon âme, ma santé, ma vie, et simplement tout ce que j'ai. A ce moment-là, je fus accablée par une quinte de toux, et mon mouchoir devint rouge de sang. J'étais bouleversée d'un grand bonheur; je ne pus rien faire d'autre, sinon remercier Jésus...»

 

Peu de temps après, une Sœur, compagne de Sœur Ludmilla commença à voir qu'Annie perdait du poids et que ses joues rosées devenaient pâles. La Religieuse, prudente mais préoccupée, alla alors à la maison Zelik dire à la maman qu’Annie avait besoin d’une visite médicale. La maman ne pouvait pas s'absenter de la maison et demanda à Sœur Ludmilla de conduire Annie à l'hôpital de Uherske Hradiste tenu par les Sœurs de la Sainte Croix.

 

Le voyage se fit le plus tôt possible, le 31 Mai 1938. Le médecin chef, Sanda, lut le diagnostic des Rayons X: « Ma Sœur, je ne lui donne pas trois mois. Il n'y a pas d'espoir. » Et tandis que la Religieuse était écrasée par la nouvelle foudroyante, Annie joyeusement la conduisait vers le train pour rentrer à la maison: « Le Christ va venir bientôt me prendre avec Lui » concluait-elle.

 

Quand elle demanda à prendre part à une retraite avec les Sœurs, les parents naturellement refusèrent, mais Sœur Ludmilla demanda au prédicateur, le futur Evêque Joseph Hlouch de visiter Annie; ce qu'il fit. Il fut si impressionné par l'authenticité du chemin spirituel de la jeune fille de quatorze ans qu'il devint son guide spirituel pour le reste de ses jours.

 

 

 

La fin de la carrière scolaire

 

Même si Annie souriait au cours de ses journées, et tâchait de soulager les anxiétés de ses parents en s'appliquant à l'école ainsi qu'aux tâches de la maison et des champs, de nouveau, au début de l'année 1939, elle cracha le sang pendant une semaine. Ses parents prirent conseil et décidèrent de la garder à la maison.

 

Elle continuait à se rendre utile dans la famille; d'une manière très positive, elle cherchait à tenir compagnie à Jésus. Elle mit par écrit quelques-unes de ses conversations avec Lui (une vingtaine de ces notes sont conservées). La jeune Annie de quinze ans dialoguait ainsi: « Cher Jésus, que mon amour pour Toi soit toujours plus grand, et fais que cet amour me pousse à m'oublier complètement. Tout, que ce soit tristesses ou joies, vient de ton Amour. Que tout ce que je suis et ce que j'ai, te chante un chant de louange.» Et on pouvait souvent l'entendre chanter les chants religieux qu'elle avait appris à l'école et à l'église.

 

Ce n'était pas une joie pour elle d'être seule à la maison! Elle aurait préféré être à l'école, où elle était très aimée de ses compagnes de classe. Souvent elle était la dernière à quitter l'école, car elle avait aidé quelqu'un après les cours, pour un problème difficile. Sa popularité se voyait dans le fait qu'elle avait été élue présidente de la classe. En fait, elle faisait encore quelques visites à l'école pour voir les étudiantes et les Religieuses; sa dernière visite eut lieu quelques mois avant qu'elle ne meure et elle prit un grand intérêt à tout ce qui se passait. Elle avait une spiritualité incarnée à un tel point qu'elle remarquait la moindre touche d'Amour de Dieu dans tout ce qui arrivait.

 

Annie décrivait sa manière de voir les choses: « Je sens que Dieu veut rendre le monde entier heureux, mais les gens ne le veulent pas, ils résistent et placent des obstacles sur le chemin... Comme c'est beau de rechercher un amour fort qui ne vise qu'à donner honneur et gloire à Jésus en tout. A chaque instant il est possible de Lui donner beaucoup, tout son travail, chaque moment; chaque parole peut être prononcée avec un grand amour. Faisons tout ce que nous pouvons et quand nous ne réussissons pas en quelque chose, demeurons en paix. Ce n'est pas tant le fruit de notre travail et de nos efforts qui compte, mais plutôt l'amour qui nous a conduit à cette tâche. »

 

A une amie qui décrivait les difficultés qu'elle rencontrait pour vivre en Chrétienne dans une ambiance concrète, Annie répondit dans une lettre: « Médite combien nous sommes aimées éternellement. Nous n'étions pas encore sur la terre et déjà Dieu pensait à nous. Il rassembla ce qui ferait le plus de bien aux âmes; il prépara toutes sortes de beautés pour nos âmes. Tous les détails, joies, souffrances, douleurs, tentations, il les choisit avec le plus grand soin. Dans son amour il a destiné tout ce qui est le plus beau et le plus important à notre personne. Acceptons chaque instant avec une grande reconnaissance et avec une pleine conscience de l'Amour de Dieu qui se présente à nous d'une manière précise qui nous enrichit. Même quand peut-être c'est amer, nous y gagnerons encore. »

 

Les échos de l'esprit de Sainte Thérèse de Lisieux sont très évidents dans ce conseil amical! Durant la dernière année de sa vie, 1941, elle vit combien cet Amour de Dieu devrait rendre meilleur notre prochain. « Au milieu du monde nous pouvons vivre comme au Ciel. Tout ce qui nous entoure reflète Dieu; et moins le monde pense à Lui, plus nous avons le devoir de laisser nos pensées être attentives à Lui seulement. Laisser résonner ces mots: je suis à Dieu, j'appartiens au Ciel. Comment est notre prochain, cela dépend de nous, toujours. Nous devons le changer, du moins là où nous sommes, nous devons produire le Ciel. »

 

 

 

La présence personnelle de Jésus

 

Annie était particulièrement touchée par le fait que, durant sa vie terrestre, Jésus nous avait précédés en nous montrant comment vivre nos existences quotidiennes. Lors d’une retraite qu'elle avait eu la chance de faire en 1940 à Svaty Kopecek avec des Sœurs Prémontrées, elle réfléchissait: « Je suis toujours unie à Lui. En tout, j'ai conscience que Jésus aussi, avait fait cela. Je me lève - Jésus avait l'habitude de se lever. Je m'habille - Lui aussi certainement prenait ses vêtements dans ses mains d'une manière sainte. Je prie - Il priait, et comment il priait! Partout où je vais Jésus est avec moi. Tout ce que je fais Il le fait avec moi. Chaque jour il m'apporte des choses nouvelles et belles. Chaque jour, je peux m'approcher plus près du Christ le Seigneur. »

 

Comme Sainte Thérèse, Annie n'avait pas de plus grand désir que de laisser Jésus être heureux avec elle; elle notait souvent combien Jésus était peu apprécié, combien ses dons changeaient peu la vie des gens! « Mon cœur n'a pas d'autres désirs que de donner de la joie à Jésus. Et Jésus me rend cela possible car Il me demande beaucoup de sacrifices. Les âmes ont soif de bonheur; et ce bonheur est si près que peu de personnes peuvent le comprendre. Rien d'autre n'est nécessaire sinon un but surnaturel. Ne pas perdre l'Amour et se laisser entièrement remplir et réchauffer par Lui. »

 

Durant l'Avent de 1940, deux compagnes de classe vinrent visiter Annie. Elles ne l'avaient pas vue depuis qu'elle avait quitté l'école. « Elles me scrutèrent minutieusement et l'une d'elles dit:’Tu es complètement différente; tu es plus maigre, ton visage semble quelque peu différent et ta voix a quelque chose de spécial. Je ne peux pas croire que c'est toi. Mais je sais ce qui se passe: l'Amour. Tu es follement amoureuse.’ J'allais rire devant cette sincérité lorsque l'autre affirma la même chose. Je sentis alors qu'elles avaient raison.

 

N'est-ce pas l'Amour qui est la cause de tous ces changements? L'amour de Jésus envers Marie et l'amour de Marie envers Jésus! L'Amour réellement transforme et nourrit. Quelle pensée ravissante que tout ce qui nous est arrivé et ce qui nous arrive est une révélation d'Amour. L'Amour peut tout faire. J'étais profondément touchée par ceci.» (Marie était le nom d'Annie comme Tertiaire Carmélitaine!).

 

C'est à cette époque qu'Annie écrivit simplement, mais clairement: « Depuis vendredi, je ne peux rien faire. Je suis seulement au lit et j'aime Jésus. Jésus peut tant nous aimer et Il ne nous demandera jamais de le repayer pour cela. Nous devons, du moins, avoir un grand désir de L'aimer profondément. Nous Lui montrerons notre amour davantage si nous désirons seulement ce qu'Il désire et en étant attentive à tout ce qui peut Le rendre heureux. »

 

 

 

Trouver Jésus dans l'ordinaire

 

Sa spiritualité était vraiment la spiritualité positive de saisir la touche de Dieu dans le simple et même le banal. La bonté et la miséricorde de Dieu ne manquent jamais. « Quand je suis dans les bois ou dans le jardin, ou même devant le tabernacle, j'appelle chaque brin d'herbe, chaque fleur, chaque grain de froment à louer Dieu. Je désire avoir autant de cœurs qu'il y a de chants d'oiseaux, de ruisseaux et de sources: autant qu'il y a de grains, de feuilles, autant qu'il y a d'étoiles et de nuages dans les cieux, afin que je puisse donner assez de remerciements pour les dons de Dieu. »

 

Pas même une blessure infligée par une amie ne pouvait effacer le sourire de ses lèvres. « Non, cela ne me fait rien qu'elle me soit hostile, mais ce qui me blesse c'est la solitude de Jésus dans son cœur. Son cœur et son âme devraient appartenir seulement à Jésus dans l'Eucharistie; là, l'adoration ne devrait jamais être interrompue. »

 

La présence continue et aimante de Jésus dans nos vies est son désir et son initiative et non pas notre propre projection. « Jésus ne veut jamais être sans nous, nous devrions être fiers de cette faveur. Il nous prend partout avec Lui. Il n'épargne rien afin de nous rendre semblables à Lui de plus en plus. Si nous nous laissons, avec enthousiasme, aimer par Jésus, nous irons aussi avec Lui à la résurrection victorieuse. Je suis heureuse de sentir mon néant. Jésus doit tout faire par Lui-même. Je suis captivée par son amour et je dois L'aimer pour tout. Il me semble que je peux tout faire parce que j'ai mon Jésus, et je suis sûre de sa puissance » (Lettre du 23 août 1940).

 

Le ton visiblement contemplatif de cette déclaration est solidement enraciné dans la conscience qu'Annie a de la présence de Jésus en elle et avec elle. Quand des gens lui montraient de la compassion parce que, au cours de sa maladie, elle devait passer tant de temps au lit, elle les rassurait : « Mais je parle à Jésus; nous avons tant à nous dire l'un à l'autre, que même le jour tout entier ce n'est pas assez. Je dois continuer la nuit. »

 

Son expérience d'amour était semblable à celle de la Petite Thérèse. Elle fit une retraite privée en février 1940 et écrivit : « Dans cette retraite j'ai trouvé la vraie beauté qui est cachée dans la fidélité dans les petites choses. Je voulais toujours faire de grands et héroïques actes d'amour, et quand je vis que j'en étais incapable, je fus peinée. Maintenant je trouve le grand héroïsme précisément dans les petites choses et je n'ai pas le plus léger regret que je puisse faire quelque chose ou que je ne le puisse pas.»

 

Elle dit cela encore plus concrètement à une amie, la maman d'un petit garçon qui s'était plainte qu'avec ses devoirs de famille, sa croissance spirituelle avait été gênée. Annie lui écrivit, le 19 octobre 1939, avec une sagesse étonnante pour une enfant de 15 ans : « Même si les actions sont petites, elles peuvent unir nos cœurs avec le Cœur de Dieu par des liens forts. Tout le soin que vous dédiez à votre petit garçon, offrez-le au Seigneur Jésus. Ayez cette pensée en tout: je fais cela pour Jésus. Vous pouvez aussi l'unir au très précieux Sacrifice de Notre Seigneur sur la Croix. Même les plus légers sacrifices prennent une valeur illimitée.

 

Vous écrivez que vous êtes trop occupée, que votre vie spirituelle est réduite aux prières vocales, que vous êtes faible dans le sacrifice. Je ne pense pas du tout ainsi! Votre travail n'est-il pas un sacrifice ? Vraiment nous n'avons pas besoin de chercher le sacrifice, puisque chaque instant nous en présente un. Autant de travaux que vous devez faire journellement, autant de pas, autant de paroles, autant de sourires - tout cela peut être apporté à notre Bien-Aimé Jésus. Le soir, vous serez surprise de voir combien de fleurs d'amour vous avez ramassées pour Lui spontanément, sans être forcée! Je veux que vous me compreniez bien. Il n'y a pas besoin de dire à chaque pas ou à chaque moment : ‘c'est par amour pour vous Jésus’ la meilleure chose est, le matin, de Lui offrir tout de suite la journée entière avec tout ce qui nous arrivera. »

 

 

 

La souffrance

 

L'aspect déconcertant de la spiritualité d'Annie est son approche de l’expérience de la souffrance. Dans une société où tout mal et toute peine doivent être éliminés, son approche semblerait malsaine si ce n'était qu'elle avait vu là l'ultime manière de prouver son amour au merveilleux amoureux de l'humanité qui avait captivé son cœur: il n'y avait rien de mieux que cela. Son apostolat du sourire était son effort pour imiter Sainte Thérèse. Il représentait la manière la plus difficile d'accepter la volonté de Dieu en toutes circonstances, spécialement celles qui vont contre nos propres plans et tendances. C'est un abandon sans réserve à Jésus, notre Bien Suprême, qui nous aime toujours, quoi qu'il nous arrive.

 

En mai 1940, Annie écrivit à son conseiller spirituel, le Père Hlouch: « Je suis allée chez le docteur avec ma mère. Après je me sentais très mal. J'avais des difficultés à respirer. Vous comprendrez pourquoi mon cœur battait anormalement. Je priais là-bas sur la route. J'avais particulièrement peur de ne pas pouvoir souffrir d'une manière cachée, et cela me causait d'autres peines. Mais j'ai eu une belle nuit. Je ne pouvais pas dormir; ma respiration m'épuisait complètement. Je veillais en esprit avec Jésus, je Le remerciais et je L'assurais que je ne voulais que ce qu'Il voulait. J'étais heureuse que les choses se passent si bien pour moi. Il était important que personne ne voit rien.

 

Durant ces jours, ma joie était remarquée. J'entendais beaucoup de gens dire que je semblais aller bien, et que j'avais une belle et fraîche couleur. Après tout, Jésus n'est-il pas illimité dans sa bonté? Il m'a pris immédiatement au mot. Je désirais souffrir d'une manière cachée - N'a-t-il pas fait exactement cela? Cela ne me surprendrait pas si j'étais même considérée comme complètement guérie. Jésus peut faire cela - que ma souffrance soit cachée encore plus. Je pense qu'il n'a pas besoin de me retirer complètement ma maladie... Il me laissera ma maladie, mais d'une manière telle que seul Lui et moi le sachions. Maintenant, je suis désolée d'avoir écrit cela. Je vous le demande: que personne ne le sache. »

 

Comme le reste des mortels Annie trouvait des difficultés à accepter une observation, ou un reproche, qui n'était pas justifié; mais avec une application constante, elle put se contrôler même dans ces circonstances, souriant dans des situations douloureuses. Une telle occasion se produisit le 4 décembre 1940, alors qu’Annie avait eu l'ordre de rester au lit. Cependant la grand-tante âgée qui vivait avec les Zelik était malade si bien qu'Annie avait dû remplacer sa maman dans la cuisine. Sœur Ludmilla vint la visiter et lui reprocha de ne pas obéir au docteur qui lui avait dit de rester au lit. « Cela me faisait souffrir et j'étais prête à lui dire que je ne pouvais pas faire autrement. Mais Jésus m'aida à réaliser comment cette “salade au goût amer” était une nouvelle perle pour la décoration du tabernacle. »

 

Annie reçut le plus grand des dons: accueillir les grâces de Dieu, et même la grâce de souffrir, dans les événements communs de la vie quotidienne. Avec la sagesse de la sainteté authentique, elle ne manqua pas le passage du Seigneur, son coup à la porte de nos cœurs dans l'ordinaire et le banal. «Je sais que vous comprendrez ce que la première perle signifie pour moi: la perle que Jésus m'a offerte la veille de l'Avent avec l'ordre de ne pas me lever le lendemain. Un dimanche sans Jésus, sans le Saint Sacrifice... et aujourd'hui, c'est le quatrième jour de l'Avent et je suis toujours sans Jésus. Je le désire tant mais cependant je ne peux rien dire d'autre que “oui” à chacun de ses désirs.

 

Ma vie est totalement différente. Combien d'heures de la nuit passées à genoux, combien de visites au Saint Sacrement, combien de petits actes de charité envers le prochain! Et maintenant je ne peux plus rien faire de cela! Que de sacrifices l'Amour de Jésus peut produire, maintenant je ne peux plus montrer qu'une manifestation de mon amour: vouloir seulement ce qu'Il veut. Tout le reste dépend de cette offrande de soi. Avant, j'avais l'habitude de lui présenter mes sacrifices, maintenant Jésus fait tout par Lui-même. Quant à moi je me prête ardemment à Lui. »

 

La souffrance due à la tuberculose qui la tuait est le lieu où Annie trouve la belle et aimable volonté de Dieu. « Je pense que la personne qui aime fait tout pour le mieux. La vie est si belle. Dès que je me réveille le matin je remercie pour le jour qui vient et je suis comblée de joie. Je suis même toute contente pour ma toux aiguë qui commence dès mes premiers mouvements. Je l'appelle mon premier concert du matin. C'est ma radio; dès que je me réveille elle commence à transmettre son premier concert au Ciel pour le salut des âmes. N'est-ce pas vraiment beau ? Je devine que cela ne l'est pas pour ceux qui doivent l'écouter et en fait je m'arrange pour que ma famille l'entende le moins possible. » En réalité, une des souffrances cachées d'Annie était son incapacité à partager ses richesses spirituelles avec les siens. Elle essayait d'initier sa sœur Marena à une vie spirituelle plus profonde, mais cette dernière n'était pas intéressée !

 

« Je voulais souffrir d'une manière telle que les autres ne le voient pas. Tout se passa ainsi, tout. Cependant je n'ose pas penser à mes souffrances. Tout me heurte, chaque os, chaque nerf, chaque muscle. Sur la Croix tout faisait souffrir Jésus aussi : Il n'avait pas de soulagements - Il accomplissait seulement ce que voulait le Père. Croyez-moi. Moi non plus je n'ai rien; je suis comblée de bonheur bien que je n'en ressente même pas l'ombre. Mais Dieu le veut ainsi. »

 

Annie avait la certitude qu'elle était appelée à devenir une Carmélite; pour elle, le Carmel est « un lieu où l'on peut beaucoup se sacrifier, où l'on peut souffrir beaucoup » pour les autres et par amour de Jésus. Le Père Hlouch demanda la permission de l'admettre au Tiers-Ordre séculier Carmélitain. Cette permission fut accordée de Vienne, avec une dispense à cause de l'âge canonique.

 

Après qu'elle eut reçu le Scapulaire le 7 février 1941, en suprême réaliste qu'elle était, Annie remarqua que rien dans sa vie n'avait changé; elle avait depuis longtemps vécu dans l'esprit de cet engagement carmélitain et n'attendait rien d'autre que ce qu'elle trouvait.

 

 

 

Porter la Croix avec un sourire

 

Plusieurs mois auparavant, le 11 novembre 1940, elle avait écrit: « Quelquefois je ne peux rien faire, je ne peux qu'appeler Jésus. J'admets que les quelques derniers jours ont été morts, froids, peut-être vides, et cependant il y a tant en eux, il y tant de mort à soi-même. Jésus est là à travers tout. Par là, je vois que je ne suis pas dorlotée sur le Cœur de Dieu; maintenant je suis dépourvue même de cela.

 

Je souffre intensément à cause de ma nature, mais cette souffrance est totalement différente de celle d'avant. Une paix très grande et pure remplit le fond de mon cœur, et cela est la grande réponse à l'orage qui gronde au dehors. J'offre ces moments au Seigneur avec beaucoup de cœur; je me réjouis puisque ce qu'Il voulait est accompli. Plus je suis destinée à la foi et à la confiance en son amour, moins je peux le sentir, et je suis d'autant plus résolue dans cette vie d'exil. »

 

Elle avait entretenu une correspondance avec le Père Zavidel - elle avait participé à la première Messe de ce jeune prêtre. A  lui, elle exprima sa certitude que ses souffrances étaient le prolongement de celles du Christ et qu'elle était, elle aussi, liée à l'autel et au sacrifice. Elle lui écrivait qu'elle ne pouvait donc jamais regretter de s'être offerte en sacrifice à l'amour de Jésus. Sa lettre est datée du 3 mars 1941: « L'autel est le lieu du sacrifice et un lit de mort l'est aussi. C'est là que Jésus se sacrifie et qu'il meurt. Et que demande-t-il du sacrifice offert là, sinon une constante immolation? Je ne regrette pas de m'être sacrifiée moi-même. Je ne dirai jamais à Jésus “c'est assez”, mais plutôt “continue” »

 

Plusieurs fois, elle a exprimé ses remerciements à son directeur, le Père Hlouch, pour lui avoir enseigné à offrir ses souffrances en union avec celles de Jésus qui se perpétuent dans le Saint Sacrifice de la Messe. « Comme je vous suis reconnaissante pour les conseils que vous m'avez donnés au sujet de la Messe. Oui, je désire offrir pleinement avec le prêtre le Saint Sacrifice. A l'Offertoire, je place tout mon misérable “moi” sur la patène; tous mes désirs, ma soif, toutes mes demandes. Plus nous approchons de la Consécration, plus mon âme est remplie d'un bonheur spécial. A la Consécration je ne peux pas détourner mes yeux de l'autel. Il me semble que ce n'est pas le prêtre qui est debout à l'autel mais le Seigneur Jésus Lui-même.»

 

En mai 1940, elle expliquait: « Dieu trouve le plus grand bonheur dans le Sacrifice de son Fils. Pour cette raison, je mets tout, même mes plus légers mouvements, dans ce Sacrifice, le plus saint de tous. La pensée que je n'apporte rien au Seigneur me pousse à Lui rappeler le Sacrifice de son Fils. Jésus Lui-même met nos sacrifices dans les bras de son Père parce qu'ils sont unis à son Sacrifice.»

 

Dans un langage simple qui ne peut pas ne pas nous rappeler la Petite Thérèse, Annie fait partager la réalité vécue durant ses jours et ses nuits de souffrances sans rémission, et cachée derrière son sourire. « Je me conduis envers Jésus comme s'il me comblait de toutes sortes de douceurs. J'ai peur qu'en sachant que sa sollicitude provoque tant de souffrances il adoucisse sa rigueur. » (Lettre 3 mars 1941)

 

Au mois de juin de sa dernière année, elle confie: « Il y a environ une semaine, je me sentis très mal durant la nuit. Ma température était de plus de 41 degrés. C'était un immense brasier, et je me sentais comme brûlée par Lui... Je ne désirais même pas le plus léger adoucissement de mes souffrances et Jésus a exaucé mon désir. J'étais si contente; c'était pour les âmes. » Ce qui la soutenait, c'était son amour pour Jésus, sans mesure . En juillet elle écrit: « Je peux vous révéler mes certitudes, je pense que ce ne sera pas ma maladie qui mettra fin à ma vie. Cela se serait produit il y a déjà longtemps. Ce sera l'Amour de Jésus... »

 

D'une manière étonnante, Annie tint sa résolution de ne vouloir que ce que Jésus veut, même dans les angoisses des souffrances finales et son apparent éloignement. Une semaine avant de mourir, elle écrivit: « Ne voulons pas toujours nous chauffer au soleil. Pour ses bien-aimés, Dieu désire assombrir l'exil. Ah! mon Dieu, je n'ai rien d'autre, je ne peux pas prier. Est-ce assez que Dieu voit que tout ce qui m'arrive je l'accepte avec un sourire? Croyez-moi la main de Dieu est en train d'arracher tous les pétales de sa misérable petite fleur. Je suis une âme pauvre, tranquille, qui appartient à Jésus. »

 

Annie continua jusqu'à la fin à communiquer avec les autres. Sa dernière lettre fut écrite trois jours avant sa mort. Elle croyait fortement à l'apostolat de personne à personne, et sa correspondance était la manière qu'elle avait pour atteindre ceux pour qui elle avait offert sa vie, avec un sourire. « Je suis très faible. Jésus seul me tient en vie. Il n'y a pas un instant où je ne repose pas totalement sur la patène de son Amour. Je souffre avec bonheur, je souffre avec une très profonde paix, bien qu'il n'y ait pas un seul rayon de lumière.

 

Jésus répond à la demande que je Lui avais présentée dans une de mes prières. Il me laisse dans la nuit complète sans aucune consolation, mais je suis sûre de son Amour! Je suis sereine parce que Jésus le veut ainsi. Il ne demande rien de plus que l'abandon d'un enfant qui lui balbutie son amour. Plus j'aime Jésus, plus il semble éloigné de moi. Je sais que je suis toujours plus pauvre et c'est justement cela qui m'attire vers Lui.

 

Bien que je sois capable de toujours moins, je désire cependant remplir chaque instant avec un amour ardent, afin que cette vie qui me reste puisse être pure, un amour pur pour le cher Jésus. Je sais qu'aimer signifie souffrir beaucoup. Je demande beaucoup de force à Jésus. Qu'il fasse de moi ce qu'il veut; j'accepte tout joyeusement... Je ne peux plus beaucoup écrire, mes mains tremblent trop. »

 

Une Religieuse qui la visitait durant ses derniers jours se souvient qu'Annie lui avait dit: « Ah! tout ce que je peux donner à Dieu maintenant, ce sont les battements de mon cœur et mon sourire. Il ne me reste plus que l'Amour et la confiance.»

 

La nuit du 10 au 11 septembre, la maman d'Annie vit que la fin était proche. Elle veilla donc sa fille décharnée et souffrante. Elle fut rejointe par l'assistant du prêtre du lieu. Comme ils récitaient les mystères douloureux du Rosaire, Annie se joignit à eux. Lorsque la maman d'Annie désira aller chercher une serviette pour essuyer le front fiévreux de sa fille, Annie supplia sa mère du regard de continuer à prier le Rosaire avec elle. Selon les coutumes traditionnelles de son pays, la maman au cœur brisé plaça le cierge de la Chandeleur dans la main de sa fille soutenant à la fois le cierge et Annie. C'était une heure avant l'aube.

 

La jeune mourante de dix-sept ans n'avait pas encore fini. Son Bien-Aimé avait exaucé tous les souhaits qu'elle lui avait exprimés, il n'allait pas lui refuser le dernier: mourir avec un sourire. Il était presque cinq heures du matin, dans un pays où le soleil se lève tôt. Le visage d'Annie s'illumina d'un de ses sourires particulièrement beaux. Il lui fallut longtemps pour dire quelques mots, mais sa mère et l'assistant les entendirent distinctement: « Comme c'est beau... je ne voudrais pas... changer ma place... avec quiconque. » Elle résuma sa vie quand elle fixa le Crucifix qu'elle tenait serré dans ses mains, et l'embrassa.

 

Elle avait depuis longtemps deviné qu'elle mourrait d'amour pour Jésus. Avec son sourire jamais défaillant, elle balbutia « Mon cœur ... bat.. . pour Jésus... je l'aime... tant! » Sa dernière affirmation audible sur ce chemin vers l'Eternité fut faible mais décisive: « J'ai confiance. » Elle disait encore quelque chose; sa mère se pencha pour capter ses mots. Le seul qu'elle put distinguer fut « Carmel ».

 

La cloche de l'Angélus du matin commença à sonner juste au moment où la tête d'Annie tomba mollement sur l'oreiller. Les yeux souriants qui n'avaient cherché qu'à donner du plaisir à Jésus et aux âmes étaient finalement fermés dans la mort.

 

Le Père Joseph Hlouch put célébrer les funérailles. Sœur Ludmilla prépara Annie Zelikova pour sa dernière présentation, dans le cercueil. Elle la revêtit de blanc, sur sa tête elle plaça une couronne de laurier et le voile de la première communion. Elle déposa un bouquet de roses à ses pieds et une palme à son côté. Les mains d'Annie tenaient son bien-aimé chapelet et son crucifix. Sur son cœur étaient posés sa photo de première Communion, le Scapulaire marron et la Règle du Tiers-Ordre.

 

Quand, en 1958, j’ai pu rencontrer les trois derniers Pères Carmes Tchèques de la génération d'avant-guerre, parmi les trésors qu'ils désiraient partager avec moi, il y avait un livre défraîchi et polycopié sur une Tertiaire Carmélitaine de dix-sept ans; Anicka (Annie) Zelikova, qui était considérée comme une sainte par ceux qui l'avaient connue. Le livre avait été fait par le Père Joseph Hlouch directeur spirituel de la jeune fille durant les quatre dernières années de la vie de celle-ci. Ce prêtre était devenu par la suite, Évêque de Ceske Budejovice, et fût un des Évêques maintenus pendant longtemps en maison d'arrêt par les autorités gouvernementales.

 

L'histoire de cette jeune Tertiaire Carmélitaine, dont l'aspiration profonde était d'entrer dans un Carmel cloîtré, est recueillie surtout dans ses propres écrits, son journal spirituel, le récit de ses exercices spirituels et de ses retraites, les nombreuses lettres qu'elle écrivit, comme moyen d'apostolat.

 

En 1979, le Jésuite Joseph Kolacek rédigea une biographie intitulée «l'Exultet Moravien». Un manuscrit autobiographique écrit en Tchèque m’a été remis, alors que j’étais Postulateur de la cause des saints du Carmel. Ces deux derniers écrits montrent que le témoignage de cette simple fille de ferme n'a pas été oublié; au contraire, dans un pays où la littérature religieuse était strictement restreinte, le souvenir de cette héroïque jeune chrétienne n'a pas seulement survécu, mais il sert aussi de modèle à la jeunesse. A Rome des démarches ont été faites pour introduire la cause de béatification d'Annie Zelikova; après la chute du communisme, elle a pu progresser à grands pas et, aujourd’hui, le procès diocésain est déjà terminé.