Saint Ange de Sicile (5 mai)

Saint Ange vint en Sicile avec des religieux qui, originaires du Carmel, immigrèrent dans l’île. D’après des sources traditionnelles mais, cependant, fiables, il mourut assassiné par un « impie infidèle » au cours de la première moitié du XIIème siècle.

De ce fait, il fut considéré comme martyr et l’on érigea en son honneur, sur le lieu même du meurtre, une église où son corps fut déposé sur un autel. Un certain Enoc (ou Henoch) qui, en tant que carme avait été Patriarche de Jérusalem dans les premières décennies du XVème siècle, écrivit une vie de saint Ange particulièrement connue et diffusée. Cependant, certains épisodes sont à considérer avec une certaine réserve.

D’après cette biographie, ses parents (prénommés Jean et Marie) étaient des Hébreux. Sa naissance ainsi que celle de son frère auraient été annoncées par la Vierge à la suite de quoi ses parents se convertirent au christianisme. Malheureusement, ils décédèrent. Ange et Jean, orphelins, furent donc élevés jusqu’à l’âge de dix-huit ans par le Patriarche Nicodème. C’est alors qu’ils entrèrent tous deux chez les carmes, au couvent de sainte Anne situé non loin de la Porta Aurea de Jérusalem.

Au Carmel, ils vécurent dix ans d’un ascétisme rigoureux. Ange commença très vite à imiter la thaumaturgie rigoureuse de ses pères Elie et Elisée: il fit flotter une hache tombée dans l’eau; il arrêta le cours du Jourdain qu’il traversa à pied sec; il guérit des lépreux; il ressuscita des morts; il fit tomber le feu du ciel.

A 28 ans, après être allé à Jérusalem pour recevoir l’ordination sacerdotale, il se retira dans le désert où il resta en prière et en pénitence durant cinq ans. Au terme de cette période, le Christ lui apparut et lui ordonna de se rendre en Sicile pour aller convertir un pécheur du nom de Berengario qui vivait maritalement avec sa sœurdont il avait eu trois enfants. Auparavant, il devait aller chercher à Alexandrie certaines reliques que lui remit le Patriarche. Le Seigneur voulait protéger la ville sainte. C’est pourquoi il l’informa de l’avenir de Jérusalem (où son frère était devenu Patriarche) et de la Terre promise ainsi que de la chrétienté en Égypte, en Asie mineure et même en Europe méridionale: prédictions qu’Ange utilisera lors de ses prédications.

Embarqué le 1er avril 1219 avec trois compagnons sur un bateau génois, il rencontra aux abords de la Sicile quatre navires sarrasins qui les brutalisèrent. C’est alors, qu’à la prière du saint, le feu descendit du ciel, tua soixante-dix assaillants et en rendit aveugles trois cents autres. Mais ceux-ci s’étant convertis, la plupart furent miraculeusement guéris.

Après une étape à Messine, saint Ange alla à Civitavecchia où il confia les reliques à Federico di Chiaramonte; puis il poursuivit son chemin vers Rome. C’est là, près de Saint Jean de Latran, qu’il rencontra saint François et saint Dominique. Ange prédit les stigmates de saint François qui, en retour, lui annonça son prochain martyre. Revenu à Palerme en Sicile, il prêcha quarante jours durant, puis il se rendit à Agrigente. Il passa alors par les bains de Cefala où il guérit sept lépreux dont l’archevêque Godefroy de Palerme. Il prêcha ensuite pendant cinquante jours à Agrigente et finit son voyage à Licata.

D’abord secrètement, puis publiquement, il essaya de convertir Berengario. Mais celui-ci, rendu furieux par la conversion de sa sœur, blessa saint Ange à mort le 5 mai 1220 alors qu’il prêchait devant cinq
mille personnes. Avant de rendre l’âme, le saint préconisa l’indulgence en exigeant qu’on ne le venge pas. Après sa mort, il apparut à l’archevêque de Palerme pour lui demander une sépulture, ce qui fut fait huit jours plus tard après de nombreux miracles.

Bien que certains éléments aient été confirmés par d’autres sources, il semble que la biographie d’Enoc ne soit pas entièrement digne de confiance. Malgré cela, le culte de saint Ange, déjà vénéré au XIVème siècle, se répandit rapidement chez les carmes et parmi le peuple. Le chapitre provincial de Sicile décida le 8 mai 1457 que la fête de saint Ange serait célébrée tous les ans. Ceci fut confirmé par le pape Pie II en 1459. Au chapitre général de 1498, il fut prescrit d’en faire la commémoration chaque jour dans tous les couvents. Supprimée du calendrier liturgique en 1971, la fête fut réintroduite en 1986.

Quant aux reliques, elles furent d’abord déposées dans une église qui n’était pas carmélitaine. En 1457, les carmes obtinrent de Calixte III le droit de l’annexer à leur couvent, mais rien ne se fit jusqu’en 1605. Sa dépouille fut d’abord déposée dans une caisse de bois et, le 5 mai 1623, dans une urne en argent, plus précieuse. Le 15 août 1662, celle-ci fut apportée dans l’église actuelle de Licata. En souvenir de la guérison de la peste, une fête que l’on célèbre encore aujourd’hui fut instaurée en 1627. Le 4 mai 1626, à Palerme, saint Ange fut proclamé patron. Il est toujours très populaire en Sicile et, pendant trois jours, de magnifiques processions ont lieu en son honneur.

Iconographie
Saint Ange apparaît de nombreuses fois dans les fresques de 1472 / 1473 au couvent des carmes de San Felice del Benaco. Par la suite, les représentations du saint avec ses attributs devinrent très fréquentes: habit de carme, cimeterre sur la tête, poignard dans la poitrine, simple palme dans la main ou traversant trois couronnes.


Jean-Jacques LE DEUF

Plus d'articles...